vendredi 18 septembre 2026

C'est la mort qui t'a assassinée

 Le titre est emprunté à une chanson célèbre des Rita Mitsouko dont la chanteuse, Catherine Ringer vient de mourir "emportée" justement par un cancer fulgurant. J'admirais cette femme talentueuse dont la voix puissante et riche d'une infinité de nuances a créé un univers sonore totalement neuf en duo avec Fred Chichin son partenaire de vie. Ils ont bousculé la planète rock en France puis plus tard à l'étranger. Je l'admirai pour son talent et surtout pour sa liberté, sa fantaisie, son culot  et plus tard quand Fred Chichin est mort (cancer fulgurant lui aussi) son courage. Elle a repris le flambeau. Ils ont eu trois enfants tous trois artistes.    

Une telle disparition affecte toute une génération qui a dansé follement sur Marcia Baïla, ou le Petit train sans soupçonner parfois les drames qui y étaient évoqués : la mort de Marcia Moretto une amie de Catherine qui l'a initiée à la danse ou le train des déportés dans lequel son père a été emporté vers les camps, dont il est revenu très affecté. Tout dernièrement elle avait voulu rendre hommage à Alice Mendelson, une poétesse  qu'elle admirait en mettant en scène ses poèmes du recueil "L'érotisme de vivre". Curieusement cet épisode est absent de l'article Wikipédia qui lui est consacré.

Son dernier fait d'armes : Le 8 mars 2024 au cours de la cérémonie qui fêtait l'introduction du droit à l'IVG dans la constitution française, invitée à chanter La Marseillaise elle a féminisé l'appel aux armes de la Marseillaise et entonné "Aux armes citoyens, citoyennes" puis "marchons et chantons cette loi pure dans la Constitution". Elle avait repoussé le chef de l'Etat qui cherchait à lui faire une bise qu'elle jugeait totalement déplacée comme elle s'en est expliquée par la suite.

Voilà. Rock in Eden, Catherine. 

J'avais évoqué Flamme, volcan, tempête. Un portrait de Christine Pawlowska dans un post précédent, alors que je ne l'avais pas encore lu. C'est chose faite, une plongée dans la vie de Christine Kujawa, le nom de naissance de l'autrice du livre "Ecarlate". Le petit opus est une quintessence de mélancolie d'une jeune personne exaltée et en recherche d'une vie pleine et riche alors qu'elle étouffe dans l'univers étriqué de sa famille. On pressent à la lecture beaucoup de non dits, notamment sur les raisons de l'amour - haine qu'elle éprouve pour sa mère. Pierre Boisson a mené une enquête longue et compliquée pour  approcher le mystère de cette écrivaine qui avait disparu après un succès très prometteur lors de la sortie de son premier roman. Vie hasardeuse, gâchée par un homme en particulier dont elle a eu deux enfants, un voyou violent et dilapideur, qu'elle quitte une fois puis retrouve 11ans plus tard. Entre temps, elle devient la maitresse d'un homme qui est aussi son supérieur hiérarchique, qui n'hésitera pas à la licencier quand elle annoncera avoir revu le père de ses enfants. La mort de Christine est restée non élucidée. Un suicide ou un féminicide ? L'enquête de Pierre Boisson ne lui permet pas de conclure en ce sens. Une vie terrible avec quelques répits notamment lorsqu'elle occupe un travail de formatrice qui lui permet de s'occuper de tous ceux qu'elle aide à mieux maitriser la langue pour tenter de trouver une place dans une société peu portée à la compassion à l'égard des paumés. Un travail qu'elle aime et qu'elle partage avec une amie, Véronique, qui sera dévastée par sa mort. Pour mener son enquête, Pierre Boisson interroge tous ceux qui l'ont approchée et notamment ses deux fils qui ont des souvenirs différents de leur enfance. L'ainé, Nicolas, les  décrit comme un enfer, dont il a eu beaucoup de mal à se débarrasser. Il aura aimé sa mère d'un amour fusionnel et sa mort l'aura relancé dans ses habitudes destructives. En dépit de sa vie compliquée, elle continue à écrire des poésies et des romans qui ne seront jamais édités et dont la trace est perdue  On apprend au final quel était le secret qui sourdait dans "Ecarlate", l'inceste, sans surprise pourrait-on dire, tant cet état de fait se révèle de plus en plus depuis que "me too" et plusieurs écrivaines ont fait émerger au grand jour une pratique pour ainsi dire banale ou plutôt banalisée par la société patriarcale. Le père grâce à la complicité de la mère préférant protéger la réputation de la famille, ne sera pas inquiété et finira sa vie en toute tranquillité. 

Des lois sont en cours d'élaboration pour permettre une protection plus systématique des enfants et des femmes. Peut-on espérer que cela change enfin les mentalités arriérées qui continuent à sévir en toute impunité?   

Avant de conclure, conseiller la lecture du livre plus revigorant  de Sandrine Bourguignon, une écriture au service de la poésie du quotidien, une réflexion puissante sur ce qui nous tient debout.

 

Sur le causse du Quercy, une femme dont la profession consiste à recueillir par écrit les dernières paroles des personnes en fin de vie se retrouve à habiter temporairement un atelier d’artisan au milieu de nulle part, où elle adopte un chien errant mal en point. Au rythme des saisons, elle veille sur le causse et semble guérir progressivement de son propre passé en se laissant absorber par un quotidien fait de gestes simples, attentive à celles et ceux qui l’entourent.

Dans ce roman lumineux, Sandrine Bourguignon s’attache à retranscrire dans une langue précise le moindre bruissement animal, minéral et végétal. Un texte profondément organique. (Quatrième de couverture ).

Enfin, une image de paix. Je suis allée comme chaque année rejoindre mon pays d'enfance et m'y ressourcer. J'étais accompagnée d'une amie. J'ai eu le plaisir de lui faire découvrir "La côte de beauté" .   

La plage de la Grande côte


samedi 15 août 2026

De l'optimisme au pessimisme

Je poste aujourd'hui un texte écrit en 2008 qu'il me semble pertinent de republier et je l'illustre d'une très belle photo du regretté JEA parue en janvier 2010 sur son blog Mosaïques pour illustrer un autre de mes  textes dans le cadre des Vases communicants



De l'optimisme au pessimisme

Cette année j'ai envoyé mes vœux sous la forme suivante "Optimisme, lucidité, pugnacité, sérénité", cocktail subtil à concocter, d'un effet revitalisant garanti." Comme vous me semblez fonctionner avec ce genre de carburant, j'ai eu envie de défendre la recette auprès de mes compagnons lecteurs.

L'optimisme n'est pas une prédisposition mais une hygiène mentale qui relève du pari pascalien : le pire, anesthésiant, mortifère, n'est ni plus ni moins avéré que son antonyme.

La lucidité est une fonction utile à chaque instant pour distinguer les vessies des lanternes, la flagornerie de l'hommage et la probité de l'imposture.

La pugnacité n'est pas folle agressivité mais volonté articulée à la résistance, toutes choses nécessaires pour seulement se lever chaque matin.

La sérénité consiste essentiellement à ne pas craindre la mort. Lorsqu'elle nous fauchera nous n'aurons plus aucun regret, à moins d'imaginer que notre corps en se dissolvant relâche une âme en quête de salut, ce qui, à Dieu ne plaise, relève à ce jour de la pure mythologie.

Si on observe le cours du vivant, on constate qu'il procède de ces principes. En revanche les pulsions mortifères sont antagoniques, en tension nécessaires sans doute mais dangereuses dans leur exacerbation.

Le pessimisme chronique réduit tout acte à son inanité.

La lucidité, sous bassement revendiqué de la logique pessimiste consiste essentiellement à traquer les mauvaises raisons de se satisfaire du dégoût du monde et à considérer avec mépris la modestie du quotidien.

La pugnacité revêt souvent l'uniforme de la guerre, recours soi-disant ultime pour convertir un monde dissolu.

Quant à la sérénité, elle se confond ici avec l'atrophie émotionnelle, rempart de l'angoisse.

Bien entendu, nous avançons chacun sur la corde tendue entre ces pôles et nul n'échappe à l'optimisme niais, aux aveuglements suivis de trous noirs, aux désirs de meurtres, au chaos émotionnel.

mercredi 5 août 2026

La passion de vivre

 



"Seule la poésie échappe à l’œil acéré du pouvoir. Seule la passion de vivre fait reculer la mort" 

Raoul Vaneigem, infatigable défenseur de la joie de vivre vient de mourir. Son dernier ouvrage "Grimoire, journal d'une alchimie du moi paru chez Grévis le 20/03/2026 est indisponible sur le site de l'éditeur. On espère qu'il sera réédité rapidement. Je vais relire Nous qui désirons sans fin (Éditions Verdier), ce livre qui rappelle que notre civilisation obsédée de possession est en fait mortifère. J'aimais beaucoup cet homme intègre, fuyant l'exposition médiatique. J'emprunte à ce site la synthèse de sa pensée : il développe quelques idées constantes : la critique du travail aliéné, du capitalisme marchand, de l’autorité, des religions, de l’exploitation de la nature, de la domination masculine, de l’argent comme valeur suprême et de toutes les formes de résignation. Il prône une société sans hiérarchie où les individus organisent eux-mêmes leurs activités, leurs décisions et leur existence. Je lui ai rendu hommage à plusieurs reprises dont celui-ciQue pensait il de nos temps obscurs ? Sa pensée si positive n'était-elle pas entamée ? N'était-il pas affecté de constater comme le monde part à la dérive ?


Plutôt qu'illustrer le chapitre suivant par une image des flammes qui ont dévoré des milliers d'hectares, je choisis celle-ci que mon fils a capturée hier à Toulouse à partir du Pont Neuf. Signe de pluie, même si elle est trop faible pour réellement soulager de la bastonnade solaire.

L'été, une saison qu'on aimait pour le plaisir du dehors, les promenades, les danses dans les guinguettes, les retrouvailles avec les amis. Cette année c'est confinement pour échapper à l'ardeur insolite du soleil, et terreur des incendies qui n'épargnent  désormais plus personne. Quatre incendies dans le Tarn dont certains à quelques  kilomètres de chez moi, heureusement assez rapidement maitrisés, une caserne de pompiers à brulé . Un nouvel incendie s'est déclaré hier. Rien à voir avec l'épouvantable dévastation dans les Landes à proximité de Bordeaux. Ma sœur qui habite à Saint Médard en Jalles a été invitée à s'entasser dans un gymnase. Elle en est repartie  décidée à rester chez elle et désormais la Préfète a levé l'obligation. Le Var est depuis 14 jours dans l'inquiétude d'une reprise de feu qui continue sournoisement à couver.    Sur la carte interactive, à l'heure où j'écris, il y en a 13 en cours, dont un à Lagorce de l'autre côte de la Garonne à proximité de Bordeaux. L'alerte canicule n'a pas cessé depuis le 17 juin, plantes et animaux sont en souffrance. Plus d'une dizaine de décès enregistrés parmi les SDF pendant la période. Cette angoisse estivale a généré l'invention d'un mot : la « panicule », contraction de panique et canicule. La « panicule » ne désigne pas une maladie ni un diagnostic médical, mais une peur grandissante face aux épisodes de chaleur extrême. Cependant, les profits de Total et Shell  vont très bien. On assiste à des scènes de liesse chez les actionnaires. Obscène ! Il est promis à ces derniers de se partager 125 milliards de dollars sur la période 2021 - 2025  Mais ça relève du mauvais esprit de rapprocher ces faits de l'emballement climatique. De même serait-il exagéré de se soucier des retombées boursières des guerres qui non seulement tuent en direct mais également en différé et pour une longue période.

Allons, quelques nouvelles des festivités de ce mois de Juillet.



Angélique Kidjo en concert à Anduze. La  Diva béninoise comme l'appellent les media nous a époustouflés tant sa vitalité est communicative. Elle chante et elle danse à 66 ans en tourbillonnant, en sautant comme un cabri. Parallèlement à sa carrière musicale, Angélique Kidjo est engagée dans des actions humanitaires : elle a fondé la fondation Batonga pour l’éducation des jeunes filles en Afrique et est ambassadrice de bonne volonté pour l’UNICEF et Oxfam. Son parcours allie ainsi musique, engagement social et promotion de l’image de l’Afrique dans le monde. Une merveilleuse !

Lagrasse comme chaque année pour le banquet du livre dont l'intitulé "La maison et le  monde" faisait augurer des textes traitant de l'avenir compromis des humains sur une planète qu'ils s'acharnent à détruire.  Rencontre d'un géographe Michel Lussault,  professeur à l’École normale supérieure de Lyon. Théoricien de l’urbain et des spatialités contemporaines. Il a développé une distinction très inspirante entre planète, terre et monde. La planète est en quelque sorte l'entité appartenant au système solaire dont les astronautes ont découvert l'extrême fragilité du haut de leur capsule spatiale. La terre est ce lieu que nous habitons -fort mal au passage - dont nous tirons nos ressources vitales et le monde est cet entrelacs d'interactions qui conditionnent l'habitabilité de la planète. Je résume à grands traits un propos très éclairant.  Patrick Boucheron a filé avec sa virtuosité habituelle une métaphore à partir de son dernier ouvrage Peste noire (Seuil, 2026). 



Mon amie Valérie Muzetti faisait partie de la compagnie qui a présenté les "Cahiers de doléances. Rêves et requêtes populaires" une mise en scène des propos recueillis à la suite de l'épisode des Gilets Jaunes à l’initiative du Comité économique, social et environnemental de l’Aude (CESE) et du Département de l’Aude qui ont souhaité exhumer les paroles citoyennes confinées dans les archives. 

J'ai regretté que nous n'ayons prévu que deux journées à Lagrasse tant le programme était riche et le lieu toujours aussi beau et chaleureux. Sans oublier la baignade dans l'Orbieu, cette rivière fraiche et claire qui nous a sauvé de l'extrême chaleur.


Il n'y a pas de mal à se faire du bien.


Exceptionnellement,, toutes les photos ont été glanées sur le Net et non au sein de ma collection, à part cette dernière, la pergola, qui n'aura pas été utilisée, faute de température soutenable.

 

lundi 20 juillet 2026

Flamme, volcan, tempête.


 Mon amie Danièle m'a prêté un livre, Ecarlate, unique roman  de Christine Pawlowska,  112 pages publiées aux Editions du sous-sol nouvelle édition à la suite de celui de Pierre Boisson | Flamme, volcan, tempête. Un portrait de Christine Pawlowska. 

A sa sortie en 1974 chez Gallimard, le livre avait reçu un accueil très laudatif, et l'autrice avait été considérée comme un des espoirs de la scène littéraire en même temps qu'Annie Ernaux. Pierre Boisson découvre par hasard cette autrice oubliée et  reçoit Ecarlate avec une émotion inédite, cherche à comprendre pourquoi il n'y a pas eu de suite à ce premier succès. Journaliste spécialisé dans les enquêtes de faits divers non résolus ( Xavier Dupont de Ligonnès par exemple), il recherche tous les éléments pouvant éclairer les raisons de cette disparition.



Je n'ai pas encore lu cet essai mais je vais sans doute le faire. Ce qui m'a poussé à entamer ce billet avant cela c'est une phrase qu'il a prononcée au cours d'un entretien accordé au média Collateral  : 

Je crois personnellement que la poésie est dangereuse. Il faut être prêt à fouiller au plus profond de soi-même pour écrire de la poésie,  pour être touché par ce que l'on voit et ressentir ce que l'on ne voit pas. Il faut être prêt à en mourir. 

Il cite les autrices d'un unique roman, poétesses avant tout, qui se sont toutes suicidées Sylvia Plath ou Sophie Podolski ou encore Alfonsina Storni. Je note que ces trois femmes ainsi d'ailleurs que  Christine Pawlowska ont souffert du carcan patriarchal qui les assignait à un rôle qui leur faisait horreur. Ecarlate débute d'ailleurs par ces mots : Jamais, jamais je ne deviendrai adulte. Ce n'est pas possible. Jamais je ne deviendrai comme ces écrasantes grandes personnes qui oppressaient mon enfance par la sècheresse de leurs raisonnements.

J'ai écrit de la poésie pendant plusieurs années, ces années de vagabondage et de flirt avec la folie. Puis j'ai eu un enfant et j'ai écrit quelque part que sa naissance m'avait repêchée au bord des abimes. Le prosaïsme du quotidien m'a tenue éloignée de l'écriture et singulièrement de la poésie. 

J'ai entrepris depuis peu de faire entrer ces feuillets éparpillés et manuscrits dans l'ordinateur. Force est de constater qu'ils sont tous très anciens. Qui plus est ils ne sont pas datés. C'est une amie qui m'y a invitée après m'avoir montré un de ses recueils de poésie agrémenté de dessins, elle est peintre avant tout. Depuis notre échange, j'ai interrompu ma récolte. Vais-je m'y remettre ? Je suis dans une phase aquaboniste. Je n'écris plus, sauf dans ce blog et si rarement. La désertion de mon éditeur (il a cessé son activité) a signé la fin de la diffusion de mon roman. J'ai deux livres et plusieurs pièces de théâtre dans mes tiroirs et toutes ces poésies. Pour qui et pour quoi tenter leur édition ?

       


Puisque vous insistez

Déjà né, pas encore mouru

Nous sommes des statues de terre chaude, des insectes mis à nu,

antennes ténues et molles,

ballottées au hasard de courses ahuries.

Ce qui nous pousse au ventre est têtu, aveugle et sourd.

Nos yeux sont des vitrines ou vaquent des fantômes,

notre bouche une meule déhanchée,

nos oreilles des tambours vibrants.

Notre corps, machine susceptible, précaire, capricieuse,

hésite sans cesse au bord d'un destin idéal,

femmes en désir de la lance des hommes,

hommes en labour, assassins de leurs propres naissances.

Est-ce que la vie erre ainsi au domaine des morts,

désir et peur du devenir hors du marbre de l'éternité ?

Naître n'a pas de futur, je ne naîtrai plus.

Mourir n'a pas d'antérieur. Je n'ai pas encore mouru.




jeudi 25 juin 2026

Ne tuons pas la beauté du monde

Un billet très court pour citer un passage du  livre de George Sand entrepris ces derniers jours . 

Lorsqu'en 1847 George Sand, qui a déjà fait paraître ses plus grands romans, entreprend à quarante-trois ans son Histoire de ma vie, elle définit ainsi son futur livre  : « C'est une série de souvenirs, de professions de foi et de méditations dans un cadre dont les détails auront quelque poésie et beaucoup de simplicité. Ce ne sera pourtant pas toute ma vie que je révélerai. »


1514 pages et un appendice où figurent de multiples illustrations et une chronologie des événements marquants de l'écrivaine. Je n'en suis qu'au début mais j'y ai déjà glané quelques perles.

[…] l'oiseau, je le soutiens, est l'être supérieur dans la création. Son organisation est admirable. Son vol le place matériellement au-dessus de l'homme et lui crée une puissance vitale que notre génie n'a pu encore nous faire acquérir. Son bec et ses pattes possèdent une adresse inouïe. Il a des instincts d'amour conjugal, de prévision et d'industrie domestique; son nid est un chef-d'œuvre d'habileté, de sollicitude et de luxe délicat. C'est la principale espèce où le mâle aide la femelle dans les devoirs de la famille, et où le père s'occupe comme l'homme, de construire l'habitation, de préserver et de nourrir les enfants. L'oiseau est chanteur, il est beau, il a la grâce, la souplesse, la vivacité, l'attachement, la morale et c'est bien à tort qu'on en a fait souvent le type de l'inconstance. En tant que l'instinct de fidélité est départi à la bête, il est le plus fidèle des animaux. Dans la race canine si vantée, la femelle seule a l'amour de la progéniture, ce qui la rend supérieure au mâle; chez l'oiseau les deux sexes doués d'égales vertus offre l'exemple de l'idéal dans l'hyménée. Qu'on ne parle donc pas légèrement des oiseaux. Il s'en faut de fort peu qu'ils ne nous valent ; et comme musiciens et poètes, ils sont naturellement mieux doués que nous. L'homme- oiseau, c'est l'artiste.  

Curieusement, ce point de vue qu'on pourrait estimer légèrement délirant, je l'ai entendu de la bouche d'un évolutionniste qui disait que seuls les oiseaux partageaient le soin des enfants, l'ensemble des mâles disait-il peuvent être considérés comme des parasites qui "inoculent dans la femelle leurs gènes" puis ne se préoccupent pas de la suite à donner.   

Sur facebook https://fb.watch/HY4YDWKE9g/ 

George Sand décrit les relations de complicité affectueuse qu'elle entretient avec deux fauvettes Jonquille et Agathe mais aussi un rouge-gorge et un milan féroce qui, de son grand bec tranchant comme un rasoir, enlevait délicatement avec un "petit cri tendre et coquet les mouches qui se posaient sur le visage de l'enfant" (Maurice le fils de Sand ) sans jamais le réveiller.

Je suis allée sur le site de la LPO qui répertorie grâce à la participation d'observateurs bénévoles les oiseaux présents dans nos jardins et propose régulièrement un bilan de l'opération comptage.

C'est l'occasion de mieux connaître ces joyeux drilles qui enchantent notre quotidien. Je me promets d'essayer de participer à la prochaine campagne de comptage et ainsi d'améliorer -modestement- le score de mon département qui n'est pas au plus haut dans la liste des participations. Seulement 41 jardins répertoriés. Quand même mieux que l'Ariège (9) ou la Corse (6 et 4). Merle noir, moineau domestique, mésange charbonnière, pigeon ramier, pie bavarde, tourterelle turque, mésange bleue, rougegorge familier sont les plus communs. Il me faudra apprendre à les reconnaitre (même si certains me sont bien connus comme la pie bavarde ou le merle). 

Je n'aurai aucune chance en revanche de rencontrer le Grand Tetras cet oiseau fabuleux que j'ai découvert dans le très beau film de Vincent Munier Le chant des forêts et qui fait l'objet d'un plan national d'action pour sa sauvegarde. 



Le titre de ce billet fait référence à une très belle chanson de Diane Dufresne

L'Hymne à la beauté du monde  

Ne tuons pas la beauté du monde
Chaque fleur chaque arbre que l'on tue
Revient nous tuer a son tour

Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas le chant des oiseaux
Ne tuons pas le bleu du jour

Ne tuons pas la beauté du monde
Ne tuons pas la beauté du monde

Ne tuons pas la beauté du monde
La dernière chance de la terre
C'est maintenant qu'elle se joue

Ne tuons pas la beauté du monde
Faisons de la terre un grand jardin
Pour ceux qui viendront après nous
Après nous.

Un dernier mot : j'arrose tous les soirs mon jardin mais je ne peux empêcher le dessèchement du feuillage. C'est triste et dommage pour moi mais je songe aux paysans qui assistent impuissants à la destruction de leurs récoltes, à la mort de leurs animaux. Je pense aussi à tous ceux qui vivent dans des étouffoirs ou à la rue et me sent tellement privilégiée dans ma maison que l'opération de rénovation énergétique menée cet hiver a rendu habitable, ce qui n'était pas le cas l'été dernier. 
Les arguties des politiques sont à cet égard tout simplement indécentes.  

dimanche 17 mai 2026

Ode aux créateurs de beauté

 Chaque jour, on apprend que dans certaines municipalités un festival, un carnaval, un théâtre est menacé. Ainsi à Toulouse le Grand Rond devra fermer ses portes faute de soutien de la Mairie, le Carnaval de Lisle sur Tarn est "reporté " en automne. Rues d'été ne plait pas au nouveau maire "il donnerait une mauvaise image de la ville". Heureusement la nouvelle municipalité se doit de respecter la convention trisannuelle signée par la précédente, ce qui donne un sursis à ce très sympathique événement porté par des bénévoles qui draine un large public au-delà de la seule ville de Graulhet. Ce ne sont que quelques exemples des foudres qui s'abattent sur les manifestations culturelles avec l'arrivée ou le durcissement de la Droite aux manettes. A chaque fois un argument fallacieux remplace la raison véritable : faire taire des séditieux qui dérangent le silence assourdissant des pantoufles.

Le racornissement des financements touche très fortement le spectacle vivant en particulier les compagnies modestes de danse, de théâtre ou de cirque, celles qui assurent l'animation culturelle du milieu rural, des quartiers suburbains  On parle d’un arrêt d’un tiers des compagnies de danse, un tiers également de cessations d’activités de troupes de théâtre (chiffres des organisations professionnelles), de formations musicales (effondrement en Bretagne, en Occitanie), des cirques ou festivals qui se sont cet été dépensés sans compter. Libre journal.

L'UNESCO alerte : "La culture est menacée,  les conflits armés, le terrorisme (et la menace du terrorisme) et la violence dans chaque région mondiale sont couplés à la crise climatique et à la capacité réduite des gouvernements et de la société civile à agir." L'organisation insiste sur le rôle essentiel de la culture pour permettre la réconciliation et la paix. 

Malgré ces  vents mauvais les artistes résistent. Ainsi cet événement qui mêlait exposition, conférence, théâtre et joyeuse mise au feu du Karneval. 




  



 





Hélas, ces spectacles pourtant excellents n'ont pas rencontré suffisamment de public pour se financer et les artistes ont tous travaillé bénévolement.

Autre moment, autre culture. Je suis allée à Paris pour me rendre à un séminaire. Je m'étais ménagé quelques jours libres que j'ai mis à profit pour aller à la rencontre de Sebastiào Salgado dont l'exposition hommage  à l'Hôtel de Ville est extraordinaire. Outre les photos connues telles que celles des mineurs de la mine d'or de Serra Pelada au Brésil (1986), il y a celles réalisées à Paris, ville d'élection pour ce Brésilien qui a arpenté la terre entière. On découvre également la forêt reconstituée au sein des terres dégradées de l'Etat de Minas Gerais où se niche désormais l'Instituto Terra  dédié à la restauration écosystémique, de la biodiversité, du sol, des ressources hydriques. L'exposition se conclue par la  présentation de peintures  de Rodrigo, le fils atteint de trisomie, aux couleurs éclatantes. 

Une photo parmi celles qui ont retenu mon attention et son commentaire.




 
Je crains que ce ne soit une situation répandue désormais.

Calder à la Fondation Louis Vuitton avec ce beau titre Rêver en équilibre. L'expo débute par ce film où le vieil enfant fait jouer son mini cirque devant un parterre riant aux éclats. Toute l'habileté du créateur, l'humour et la performance des petits mécanismes qui réussissent parfaitement les sauts périlleux des trapézistes ou des cavaliers. Voir le teaser sur le site de la Fondation avec un commentaire de son ami Jacques Prévert.

Les illustrations suivantes sont choisies à dessein comme moins connues du travail de Calder


Joséphine Baker



Calder dans son atelier

Je me suis promenée ensuite dans le Jardin d'acclimatation où est situé le bâtiment invraisemblable créé par l'architecte Frank Gehry. Citons wikipédia à ce sujet La multiplication importante du coût initialement prévu pour la construction du bâtiment, coût qui fait l'objet de déductions fiscales (à hauteur des trois quarts des dépenses), entraîne un dépôt de plainte de la part d'une association anti-corruption en  contre la fondation Louis-Vuitton et le groupe LVMH pour escroquerie, recel de fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. La plainte est classée sans suite en . 

  


Quant au jardin d'acclimatation, il est truffé de jeux bruyants et de boutiques. Je ne m'y suis pas attardée, sauf pour admirer un céanothe 


Le jardin m'a donné envie d'aller à Giverny. Alors que j'ai vécu 25 ans à Paris, je n'étais jamais allée visiter ce jardin mythique. Je n'ai pas été déçue. Les bords de l'étang sont somptueux, même si ce n'était pas la saison des nymphéas, ni des roses. Et il était possible d'échapper un peu à la foule. 




Beaucoup de tulipes de toutes sortes

le même arbre que sur ma colline mais beaucoup mieux taillé

J'étais moins à l'aise dans la maison. Une queue invraisemblable pour y accéder et l'impression de violer l'intimité du grand peintre. beaucoup de tableaux d'amis dont quelques Renoir "vie de famille". Beaucoup d'estampes d'Hokusai et Hiroshige, d'autres moins connus.
La cuisine est à la fin du parcours avec cette superbe cuisinière 






Merci monsieur Monnet pour toute cette beauté en partage dont il est impossible de donner la mesure dans ce billet déjà trop long. Voir ici un peu d'histoire de ce jardin  et quelques uns des tableaux qu'il a inspiré à celui qu'il l'a conçu ainsi que le travail de restauration après plusieurs années d'abandon.

Terminons ce billet trop long, je l'ai dit, par la dernière exposition qui a occupé mon quatrième jour, avant de rejoindre le séminaire. 
Au Louvre, Michel-Ange Rodin. Corps vivants. C'est en effet ce qui frappe en parcourant les allées où sont mis en lumière ces corps aux muscles glorieux saisis dans leurs mouvements dont certains improbables. La vie figée dans le marbre et pourtant vibrante.

Etreinte amoureuse ou viol ? 


  
Le regard extraordinaire de désespoir de ce bourgeois de Calais (étude préparatoire de Rodin )



Ce n'est pas mon propos de faire une présentation exhaustive de ces riches heures passées au contact de ces merveilles que des êtres humains ont forgées de leurs mains mais j'en suis toujours émue et impressionnée et ce blog me permet d'en garder une trace même imparfaite.

Avant de repartir, j'ai fait un tour dans les jardins du Palais Royal que je fréquentais souvent quand j'habitais à proximité. 

 Créer, c'est résister.

Photos ZL
 

mardi 24 mars 2026

Ne pas se laisser abattre

 

Heureusement que la culture nous permet d'échapper  à la totale déréliction dans laquelle le monde actuel nous plonge. Folie meurtrière au Moyen Orient et aux portes de l'Europe, sombre perspective des résultats des Municipales, en tout cas dans ma petite ville et ailleurs où le Rhaine engrange des records de votes et même si au final il n'emporte pas toutes les villes qu'il convoite le nombre des élus dans les conseils municipaux promet de sérieuses dérives. Chez moi, la gauche s'étant scindée en deux grâce à la propagande soigneusement orchestrée par ceux qui craignent pour leurs prébendes et autres conforts octroyés par un système qui  devient délirant et délétère, le choix s'est fait une fois encore contre et non pour.   C'est très pénible d'assister aux flots de haine déversé à jet continu dans les médias. Le dernière illustration en date est le traitement infligé au maire de Seine Saint Denis élu au premier tour sous l'étiquette des Insoumis. 

Seul commentaire pour ma part, celui d'Alphonse Daudet

   La colère des faibles du ciboulot et des rétrécis du cœur.

Ces jours-ci j'ai assisté à l'une des dernières représentations de la compagnie sans gravité dont j'ai reproduit ici le leitmotiv du spectacle "Le déluge" que je ne saurais mieux décrire qu'en vous invitant à visionner ce teaser et cet autre . C'est un régal d'absurdités intelligentes, de maitrise déguisée en maladresse avec en fond sonore une radio qui diffuse d'épouvantables nouvelles du monde scandées par ce discours lénifiant "ce n'est pas parce que la situation est désespérée qu'il faut se laisser abattre". On rit beaucoup des démêlés du clown jongleur avec ses astucieuses machines improbables et pourtant la réflexion de fond est bien la domination du désastre qui est figuré à la fin par le fameux déluge. 

Ironiquement les quatre jours de clôture de ce spectacle qui a tourné pendant dix ans s'intitulait :

Le spectacle était précédé d'une déambulation menant à une exposition de machines étranges jouant avec la lévitation des objets et la loufoquerie d'automates fabriqués à base d'objets insolites


Au nombre de mes dernières lectures "Mon refuge et mon orage". Je l'ai repéré dans ma chère librairie l'Autrucherie  avant que l'écrivaine ne soit invitée par Trapenard à La grande librairie


Je connaissais surtout l'activiste, la militante altermondialiste dont les prises de positions lui ont valu des moments passés en prison. Son livre en fait d'ailleurs état mais le coeur du livre est dédiée à la vie tumultueuse de sa mère qui ne lui a jamais prodigué l'amour qu'elle en espérait mais qui a consacré son énergie à l'éducation en créant une école dont les méthodes ont rallié de plus en plus de familles de sorte qu'elle a pu l'agrandir et la perfectionner en dépit des difficultés qu'elle a rencontrées. Un livre au final comme un hommage à la femme libre, volontaire qui a tracé son chemin dans une Inde très soumise au système de castes que Ms Roy (ainsi la nomme sa fille) n'a jamais accepté. La famille est issue de la communauté des chrétiens syriaques mais mère comme fille sont agnostiques et refusent délibérément d'obéir à l'étiquette des castes. Arundhati se tiendra auprès des révoltes des Dalits (intouchables) dans leurs combats pour sauver leurs terres de la spéculation des multinationales.  

Le printemps est là et je plante et replante. Très bon exercice pour échapper à la folie des hommes. Il me vient l'envie de créer un mouvement  et de l'appeler "Y'en a marre" comme celui des jeunes Sénégalais qui n'en pouvaient plus de leur gouvernement de vieillards autoritaires. Y'en a marre de la domination masculine qui s'exprime en ce moment à coups de bombes et de drones mortels. Non seulement ils tuent mais ils aggravent épouvantablement le réchauffement du climat et la pollution, tout en spéculant honteusement sur les prix du pétrole. Alors oui, y'en a marre! 

Heureusement grâce à l'amitié, on ne se laisse pas abattre     

Bouquet offert par ma voisine dont le jardin est orné d'un somptueux mimosa.