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vendredi 18 septembre 2026

C'est la mort qui t'a assassinée

 Le titre est emprunté à une chanson célèbre des Rita Mitsouko dont la chanteuse, Catherine Ringer vient de mourir "emportée" justement par un cancer fulgurant. J'admirais cette femme talentueuse dont la voix puissante et riche d'une infinité de nuances a créé un univers sonore totalement neuf en duo avec Fred Chichin son partenaire de vie. Ils ont bousculé la planète rock en France puis plus tard à l'étranger. Je l'admirai pour son talent et surtout pour sa liberté, sa fantaisie, son culot  et plus tard quand Fred Chichin est mort (cancer fulgurant lui aussi) son courage. Elle a repris le flambeau. Ils ont eu trois enfants tous trois artistes.    

Une telle disparition affecte toute une génération qui a dansé follement sur Marcia Baïla, ou le Petit train sans soupçonner parfois les drames qui y étaient évoqués : la mort de Marcia Moretto une amie de Catherine qui l'a initiée à la danse ou le train des déportés dans lequel son père a été emporté vers les camps, dont il est revenu très affecté. Tout dernièrement elle avait voulu rendre hommage à Alice Mendelson, une poétesse  qu'elle admirait en mettant en scène ses poèmes du recueil "L'érotisme de vivre". Curieusement cet épisode est absent de l'article Wikipédia qui lui est consacré.

Son dernier fait d'armes : Le 8 mars 2024 au cours de la cérémonie qui fêtait l'introduction du droit à l'IVG dans la constitution française, invitée à chanter La Marseillaise elle a féminisé l'appel aux armes de la Marseillaise et entonné "Aux armes citoyens, citoyennes" puis "marchons et chantons cette loi pure dans la Constitution". Elle avait repoussé le chef de l'Etat qui cherchait à lui faire une bise qu'elle jugeait totalement déplacée comme elle s'en est expliquée par la suite.

Voilà. Rock in Eden, Catherine. 

J'avais évoqué Flamme, volcan, tempête. Un portrait de Christine Pawlowska dans un post précédent, alors que je ne l'avais pas encore lu. C'est chose faite, une plongée dans la vie de Christine Kujawa, le nom de naissance de l'autrice du livre "Ecarlate". Le petit opus est une quintessence de mélancolie d'une jeune personne exaltée et en recherche d'une vie pleine et riche alors qu'elle étouffe dans l'univers étriqué de sa famille. On pressent à la lecture beaucoup de non dits, notamment sur les raisons de l'amour - haine qu'elle éprouve pour sa mère. Pierre Boisson a mené une enquête longue et compliquée pour  approcher le mystère de cette écrivaine qui avait disparu après un succès très prometteur lors de la sortie de son premier roman. Vie hasardeuse, gâchée par un homme en particulier dont elle a eu deux enfants, un voyou violent et dilapideur, qu'elle quitte une fois puis retrouve 11ans plus tard. Entre temps, elle devient la maitresse d'un homme qui est aussi son supérieur hiérarchique, et n'hésitera pas à la licencier quand elle annoncera avoir revu le père de ses enfants. La mort de Christine est restée non élucidée. Un suicide ou un féminicide ? L'enquête de Pierre Boisson ne lui permet pas de conclure en ce sens. Une vie terrible avec quelques répits notamment lorsqu'elle occupe un travail de formatrice qui lui permet de s'occuper de tous ceux qu'elle aide à mieux maitriser la langue pour tenter de trouver une place dans une société peu portée à la compassion à l'égard des paumés. Un travail qu'elle aime et qu'elle partage avec une amie, Véronique, qui sera dévastée par sa mort. Pour mener son enquête, Pierre Boisson interroge tous ceux qui l'ont approchée et notamment ses deux fils qui ont des souvenirs différents de leur enfance. L'ainé, Nicolas, les  décrit comme un enfer, dont il a eu beaucoup de mal à se débarrasser. Il aura aimé sa mère d'un amour fusionnel et sa mort l'aura relancé dans ses habitudes destructives. En dépit de sa vie compliquée, Christine continue à écrire des poésies et des romans qui ne seront jamais édités et dont la trace est perdue  On apprend au final quel était le secret qui sourdait dans "Ecarlate", l'inceste, sans surprise pourrait-on dire, tant cet état de fait se révèle de plus en plus depuis que "me too" et plusieurs écrivaines ont fait émerger au grand jour une pratique pour ainsi dire banale ou plutôt banalisée par la société patriarcale. Le père grâce à la complicité de la mère préférant protéger la réputation de la famille, ne sera pas inquiété et finira sa vie en toute tranquillité. 

Des lois sont en cours d'élaboration pour permettre une protection plus systématique des enfants et des femmes. Peut-on espérer que cela change enfin les mentalités arriérées qui continuent à sévir en toute impunité?   

Avant de conclure, conseiller la lecture du livre plus revigorant  de Sandrine Bourguignon, une écriture au service de la poésie du quotidien, une réflexion puissante sur ce qui nous tient debout.

 

Sur le causse du Quercy, une femme dont la profession consiste à recueillir par écrit les dernières paroles des personnes en fin de vie se retrouve à habiter temporairement un atelier d’artisan au milieu de nulle part, où elle adopte un chien errant mal en point. Au rythme des saisons, elle veille sur le causse et semble guérir progressivement de son propre passé en se laissant absorber par un quotidien fait de gestes simples, attentive à celles et ceux qui l’entourent.

Dans ce roman lumineux, Sandrine Bourguignon s’attache à retranscrire dans une langue précise le moindre bruissement animal, minéral et végétal. Un texte profondément organique. (Quatrième de couverture ).

Enfin, une image de paix. Je suis allée comme chaque année rejoindre mon pays d'enfance et m'y ressourcer. J'étais accompagnée d'une amie. J'ai eu le plaisir de lui faire découvrir "La côte de beauté" .   

La plage de la Grande côte


lundi 20 juillet 2026

Flamme, volcan, tempête.


 Mon amie Danièle m'a prêté un livre, Ecarlate, unique roman  de Christine Pawlowska,  112 pages publiées aux Editions du sous-sol nouvelle édition à la suite de celui de Pierre Boisson | Flamme, volcan, tempête. Un portrait de Christine Pawlowska. 

A sa sortie en 1974 chez Gallimard, le livre avait reçu un accueil très laudatif, et l'autrice avait été considérée comme un des espoirs de la scène littéraire en même temps qu'Annie Ernaux. Pierre Boisson découvre par hasard cette autrice oubliée et  reçoit Ecarlate avec une émotion inédite, cherche à comprendre pourquoi il n'y a pas eu de suite à ce premier succès. Journaliste spécialisé dans les enquêtes de faits divers non résolus ( Xavier Dupont de Ligonnès par exemple), il recherche tous les éléments pouvant éclairer les raisons de cette disparition.



Je n'ai pas encore lu cet essai mais je vais sans doute le faire. Ce qui m'a poussé à entamer ce billet avant cela c'est une phrase qu'il a prononcée au cours d'un entretien accordé au média Collateral  : 

Je crois personnellement que la poésie est dangereuse. Il faut être prêt à fouiller au plus profond de soi-même pour écrire de la poésie,  pour être touché par ce que l'on voit et ressentir ce que l'on ne voit pas. Il faut être prêt à en mourir. 

Il cite les autrices d'un unique roman, poétesses avant tout, qui se sont toutes suicidées Sylvia Plath ou Sophie Podolski ou encore Alfonsina Storni. Je note que ces trois femmes ainsi d'ailleurs que  Christine Pawlowska ont souffert du carcan patriarchal qui les assignait à un rôle qui leur faisait horreur. Ecarlate débute d'ailleurs par ces mots : Jamais, jamais je ne deviendrai adulte. Ce n'est pas possible. Jamais je ne deviendrai comme ces écrasantes grandes personnes qui oppressaient mon enfance par la sècheresse de leurs raisonnements.

J'ai écrit de la poésie pendant plusieurs années, ces années de vagabondage et de flirt avec la folie. Puis j'ai eu un enfant et j'ai écrit quelque part que sa naissance m'avait repêchée au bord des abimes. Le prosaïsme du quotidien m'a tenue éloignée de l'écriture et singulièrement de la poésie. 

J'ai entrepris depuis peu de faire entrer ces feuillets éparpillés et manuscrits dans l'ordinateur. Force est de constater qu'ils sont tous très anciens. Qui plus est ils ne sont pas datés. C'est une amie qui m'y a invitée après m'avoir montré un de ses recueils de poésie agrémenté de dessins, elle est peintre avant tout. Depuis notre échange, j'ai interrompu ma récolte. Vais-je m'y remettre ? Je suis dans une phase aquaboniste. Je n'écris plus, sauf dans ce blog et si rarement. La désertion de mon éditeur (il a cessé son activité) a signé la fin de la diffusion de mon roman. J'ai deux livres et plusieurs pièces de théâtre dans mes tiroirs et toutes ces poésies. Pour qui et pour quoi tenter leur édition ?

       


Puisque vous insistez

Déjà né, pas encore mouru

Nous sommes des statues de terre chaude, des insectes mis à nu,

antennes ténues et molles,

ballottées au hasard de courses ahuries.

Ce qui nous pousse au ventre est têtu, aveugle et sourd.

Nos yeux sont des vitrines ou vaquent des fantômes,

notre bouche une meule déhanchée,

nos oreilles des tambours vibrants.

Notre corps, machine susceptible, précaire, capricieuse,

hésite sans cesse au bord d'un destin idéal,

femmes en désir de la lance des hommes,

hommes en labour, assassins de leurs propres naissances.

Est-ce que la vie erre ainsi au domaine des morts,

désir et peur du devenir hors du marbre de l'éternité ?

Naître n'a pas de futur, je ne naîtrai plus.

Mourir n'a pas d'antérieur. Je n'ai pas encore mouru.