Mon amie Danièle m'a prêté un livre, Ecarlate, unique roman de Christine Pawlowska, 112 pages publiées aux Editions du sous-sol nouvelle édition à la suite de celui de Pierre Boisson | Flamme, volcan, tempête. Un portrait de Christine Pawlowska.
A sa sortie en 1974 chez Gallimard, le livre avait reçu un accueil très laudatif, et l'autrice avait été considérée comme un des espoirs de la scène littéraire en même temps qu'Annie Ernaux. Pierre Boisson découvre par hasard cette autrice oubliée et reçoit Ecarlate avec une émotion inédite, cherche à comprendre pourquoi il n'y a pas eu de suite à ce premier succès. Journaliste spécialisé dans les enquêtes de faits divers non résolus ( Xavier Dupont de Ligonnès par exemple), il recherche tous les éléments pouvant éclairer les raisons de cette disparition.
Je n'ai pas encore lu cet essai mais je vais sans doute le faire. Ce qui m'a poussé à entamer ce billet avant cela c'est une phrase qu'il a prononcée au cours d'un entretien accordé au média Collateral :
Je crois personnellement que la poésie est dangereuse. Il faut être prêt à fouiller au plus profond de soi-même pour écrire de la poésie, pour être touché par ce que l'on voit et ressentir ce que l'on ne voit pas. Il faut être prêt à en mourir.
Il cite les autrices d'un unique roman, poétesses avant tout, qui se sont toutes suicidées Sylvia Plath ou Sophie Podolski ou encore Alfonsina Storni. Je note que ces trois femmes ainsi d'ailleurs que Christine Pawlowska ont souffert du carcan patriarchal qui les assignait à un rôle qui leur faisait horreur. Ecarlate débute d'ailleurs par ces mots : Jamais, jamais je ne deviendrai adulte. Ce n'est pas possible. Jamais je ne deviendrai comme ces écrasantes grandes personnes qui oppressaient mon enfance par la sècheresse de leurs raisonnements.
J'ai écrit de la poésie pendant plusieurs années, ces années de vagabondage et de flirt avec la folie. Puis j'ai eu un enfant et j'ai écrit quelque part que sa naissance m'avait repêchée au bord des abimes. Le prosaïsme du quotidien m'a tenue éloignée de l'écriture et singulièrement de la poésie.
J'ai entrepris depuis peu de faire entrer ces feuillets éparpillés et manuscrits dans l'ordinateur. Force est de constater qu'ils sont tous très anciens. Qui plus est ils ne sont pas datés. C'est une amie qui m'y a invitée après m'avoir montré un de ses recueils de poésie agrémenté de dessins, elle est peintre avant tout. Depuis notre échange, j'ai interrompu ma récolte. Vais-je m'y remettre ? Je suis dans une phase aquaboniste. Je n'écris plus, sauf dans ce blog et si rarement. La désertion de mon éditeur (il a cessé son activité) a signé la fin de la diffusion de mon roman. J'ai deux livres et plusieurs pièces de théâtre dans mes tiroirs et toutes ces poésies. Pour qui et pour quoi tenter leur édition ?
Puisque vous insistez
Déjà né, pas encore mouru
Nous sommes des statues de terre chaude, des insectes mis à nu,
antennes ténues et molles,
ballottées au hasard de courses ahuries.
Ce qui nous pousse au ventre est têtu, aveugle et sourd.
Nos yeux sont des vitrines ou vaquent des fantômes,
notre bouche une meule déhanchée,
nos oreilles des tambours vibrants.
Notre corps, machine susceptible, précaire, capricieuse,
hésite sans cesse au bord d'un destin idéal,
femmes en désir de la lance des hommes,
hommes en labour, assassins de leurs propres naissances.
Est-ce que la vie erre ainsi au domaine des morts,
désir et peur du devenir hors du marbre de l'éternité ?
Naître n'a pas de futur, je ne naîtrai plus.
Mourir n'a pas d'antérieur. Je n'ai pas encore mouru.

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