mercredi 5 août 2026

La passion de vivre

 



"Seule la poésie échappe à l’œil acéré du pouvoir. Seule la passion de vivre fait reculer la mort" 

Raoul Vaneigem, infatigable défenseur de la joie de vivre vient de mourir. Son dernier ouvrage "Grimoire, journal d'une alchimie du moi paru chez Grévis le 20/03/2026 est indisponible sur le site de l'éditeur. On espère qu'il sera réédité rapidement. Je vais relire Nous qui désirons sans fin (Éditions Verdier), ce livre qui rappelle que notre civilisation obsédée de possession est en fait mortifère. J'aimais beaucoup cet homme intègre, fuyant l'exposition médiatique. J'emprunte à ce site la synthèse de sa pensée : il développe quelques idées constantes : la critique du travail aliéné, du capitalisme marchand, de l’autorité, des religions, de l’exploitation de la nature, de la domination masculine, de l’argent comme valeur suprême et de toutes les formes de résignation. Il prône une société sans hiérarchie où les individus organisent eux-mêmes leurs activités, leurs décisions et leur existence. Je lui ai rendu hommage à plusieurs reprises dont celui-ci. Que pensait il de nos temps obscurs ? Sa pensée si positive n'était-elle pas entamée ? N'était-il pas affecté de constater comme le monde part à la dérive ?


Plutôt qu'illustrer le chapitre suivant par une image des flammes qui ont dévoré des milliers d'hectares, je choisis celle-ci que mon fils a capturée hier à Toulouse à partir du Pont Neuf. Signe de pluie, même si elle est trop faible pour réellement soulager de la bastonnade solaire.

L'été, une saison qu'on aimait pour le plaisir du dehors, les promenades, les danses dans les guinguettes, les retrouvailles avec les amis. Cette année c'est confinement pour échapper à l'ardeur insolite du soleil, et terreur des incendies qui n'épargnent  désormais plus personne. Quatre incendies dans le Tarn dont certains à quelques  kilomètres de chez moi, heureusement assez rapidement maitrisés, une caserne de pompiers à brulé . Un nouvel incendie s'est déclaré hier. Rien à voir avec l'épouvantable dévastation dans les Landes à proximité de Bordeaux. Ma sœur qui habite à Saint Médard en Jalles a été invitée à s'entasser dans un gymnase. Elle en est repartie  décidée à rester chez elle et désormais la Préfète a levé l'obligation. Le Var est depuis 14 jours dans l'inquiétude d'une reprise de feu qui continue sournoisement à couver.    Sur la carte interactive, à l'heure où j'écris, il y en a 13 en cours, dont un à Lagorce de l'autre côte de la Garonne à proximité de Bordeaux. L'alerte canicule n'a pas cessé depuis le 17 juin, plantes et animaux sont en souffrance. Plus d'une dizaine de décès enregistrés parmi les SDF pendant la période. Cette angoisse estivale a généré l'invention d'un mot : la « panicule », contraction de panique et canicule. La « panicule » ne désigne pas une maladie ni un diagnostic médical, mais une peur grandissante face aux épisodes de chaleur extrême. Cependant, les profits de Total et Shell  vont très bien. On assiste à des scènes de liesse chez les actionnaires. Obscène ! Il est promis à ces derniers de se partager 125 milliards de dollars sur la période 2021 - 2025  Mais ça relève du mauvais esprit de rapprocher ces faits de l'emballement climatique. De même serait-il exagéré de se soucier des retombées boursières des guerres qui non seulement tuent en direct mais également en différé et pour une longue période.

Allons, quelques nouvelles des festivités de ce mois de Juillet.



Angélique Kidjo en concert à Anduze. La  Diva béninoise comme l'appellent les media nous a époustouflés tant sa vitalité est communicative. Elle chante et elle danse à 66 ans en tourbillonnant, en sautant comme un cabri. Parallèlement à sa carrière musicale, Angélique Kidjo est engagée dans des actions humanitaires : elle a fondé la fondation Batonga pour l’éducation des jeunes filles en Afrique et est ambassadrice de bonne volonté pour l’UNICEF et Oxfam. Son parcours allie ainsi musique, engagement social et promotion de l’image de l’Afrique dans le monde. Une merveilleuse !

Lagrasse comme chaque année pour le banquet du livre dont l'intitulé "La maison et le  monde" faisait augurer des textes traitant de l'avenir compromis des humains sur une planète qu'ils s'acharnent à détruire.  Rencontre d'un géographe Michel Lussault,  professeur à l’École normale supérieure de Lyon. Théoricien de l’urbain et des spatialités contemporaines. Il a développé une distinction très inspirante entre planète, terre et monde. La planète est en quelque sorte l'entité appartenant au système solaire dont les astronautes ont découvert l'extrême fragilité du haut de leur capsule spatiale. La terre est ce lieu que nous habitons -fort mal au passage - dont nous tirons nos ressources vitales et le monde est cet entrelacs d'interactions qui conditionnent l'habitabilité de la planète. Je résume à grands traits un propos très éclairant.  Patrick Boucheron a filé avec sa virtuosité habituelle une métaphore à partir de son dernier ouvrage Peste noire (Seuil, 2026). 



Mon amie Valérie Muzetti faisait partie de la compagnie qui a présenté les "Cahiers de doléances. Rêves et requêtes populaires" une mise en scène des propos recueillis à la suite de l'épisode des Gilets Jaunes à l’initiative du Comité économique, social et environnemental de l’Aude (CESE) et du Département de l’Aude qui ont souhaité exhumer les paroles citoyennes confinées dans les archives. 

J'ai regretté que nous n'ayons prévu que deux journées à Lagrasse tant le programme était riche et le lieu toujours aussi beau et chaleureux. Sans oublier la baignade dans l'Orbieu, cette rivière fraiche et claire qui nous a sauvé de l'extrême chaleur.


Il n'y a pas de mal à se faire du bien.


Exceptionnellement,, toutes les photos ont été glanées sur le Net et non au sein de ma collection, à part cette dernière, la pergola, qui n'aura pas été utilisée, faute de température soutenable.

 

10 commentaires:

patrick verroust a dit…

La corruption flambe. Son contempteur qui dénonçait, infatigablement, cette morale des affaires a été emporté par la gueuse....faisons des dénonciations de cet écrivain philosophe engagé une morale de l'action cotée en humanité....haut les cœurs, les vrais vainqueurs sont les invisibles...

Zoë Lucider a dit…

@patrick verroust, de retour sous l'arbre ? Vous aviez déserté. La corruption flambe, commentaire très à propos

Tania a dit…

Raoul Vaneigem ne cessa jamais de prôner la révolution de "l'être plus que l'avoir" : c'est le titre de l'article de Guy Duplat qui m'a appris son décès dans La Libre du 30/7. J'y ai appris l'existence d'un collectif belge de théâtre, "le Raoul collectif" et j'y reprends cet extrait d'une interview en 2013 : "Tout est quadrillé par l'empire de la marchandise mais la résistance est là, qui crée des zones de gratuité et de solidarité où le pouvoir de l'argent et de la prédation a cessé de polluer les comportements, des zones où l'être l'emporte sur l'avoir."
Quel été éprouvant pour le corps et l'esprit, une saison que j'aimais tant, et cette alliance épouvantable de la sécheresse et du feu, si dévastatrice !
Bientôt des beaux soirs sous la pergola, je vous le souhaite, Zoë. Merci pour vos nouvelles du monde et de vous. Tenir bon.

Zoë Lucider a dit…

@Tania, un été éprouvant à tous égards. Il n' est même pas certain que l'automne ne nous apporte pas son lot d'inondations. La terre va devenir inhabitable si rien n'est fait pour arrêter la course mortelle où nos habitudes de consommation nous conduit. En attendant, lisons. Merci pour vos billets inspirants

kwarkito a dit…

Merci beaucoup pour votre aimable mot au bas de mon billet du jour. Oui il semblerait que nous partagions quelques préoccupations mais aussi quelques lectures. Je vous souhaite de n’être pas trop accablée par la chaleur dans les jours prochains. À bientôt

Anonyme a dit…

Vous n"étiez guère prolixe , avare de vos analyses et émotions mais il est vrai que j"ai zappé un commentaire sur votre écriture, je me rattraperai à l'occasion ,,,inspirez nous," Zoë avec le feu "dont vous avez le secret ...

Zoë Lucider a dit…

Kwarkito, merci de votre visite en retour. Souhaitons nous de n'être accablés que de la chaleur. A bientôt

BONHEUR DU JOUR a dit…

Raoul Vaneigem est à découvrir pour moi. Vous en parlez avec fougue et cela donne envie de le découvrir. Merci.

Zoë Lucider a dit…

@Bonheur du jour, une philosophie sans jargon, de la clairvoyance et une spiritualité orientée vers l'art de vivre. Que du bonheur!

Hypathie a dit…

Je viens d'apprendre hier via mes réseaux sociaux, la mort peu commentée de Raoul Vaneigem que j'ai aussi (un peu) lu, mais que je trouvais toutefois moins facile à lire que Guy Debord. Mais tout de même, un bon critique de nos sociétés matérialistes qui ont dévasté le biotope Terre. On l'a vu avec ce terrible été dont vous décrivez exactement comment nous l'avons tous et toutes perçu. Il est temps de se repencher sur ces textes de l'Internationale Situationniste. "Nous ne voulons plus travailler au spectacle de la fin du monde, mais à la fin du monde du spectacle."