mardi 25 septembre 2018

Merci Manu

 

Je viens tout juste d'achever la lecture du dernier Manu Causse

Je suis très mauvaise critique, surtout si le livre m'a troublée, émue,, angoissée (les névralgies ophtalmiques, je connais, certes pas de l'intensité dont souffre le personnage, mais j'ai une familiarité intime avec le processus) . Cette histoire de jeune garçon puis d'homme victime, c'est tellement à rebours de  l'habituel héros de roman, toujours un peu plus héros que l'ordinaire des gens "normaux". Celui-là est comme une boule de flipper, il part dans tous les sens, chaque fois qu'un joueur le prend en main.  Il ne décide rien de sa vie, obéit aux injonctions de quiconque se prend d'intérêt pour sa personne, il se sent tellement personne. Ah! Non quel jeu de massacre! Une mère archi fêlée, qui le rabaisse et le brutalise, un père disparu, mort, mais en fait pas mort, Une femme qui le méprise et s'envoie en l'air sans vergogne et ainsi de suite. Une embellie avec une femme aimante mais ces satanées crises d'hallucinations fichent tout en vrac.  On suit le périple inouï de cet infortuné qui ne semble jamais savoir ce qu'il veut, parce qu'il s'est bâti sur le déni et le mensonge. Mais, il va... Je n'en dis pas davantage. Lisez Manu. Et pour vous faire connaître le drôle de bonhomme je lui ai piqué un texte qu'il vient de faire paraître dans son blog 

Je le contresigne tant il est proche de mes propres ruminations

Chanson d'automne


Combien de temps que tu n'as pas glissé, par une nuit de demi-lune, dans le jardin,
combien de temps qu'à l'écart des dormeurs tu n'as pas écrit la veille du solstice, de l'équinoxe ?

tu ne comptes plus,
plus pour rien,
Combien de temps t'es-tu contraint à mesurer tes paroles,
tes mots, tes titres, un deux trois un deux trois,
à caler un image au centre ou à gauche ou à droite,
Combien de temps t'es-tu, combien de temps t'es-tu tu

J'ai peur, ce soir, j'ai peur à n'en plus dormir, à compter mes terreurs et mes bénédictions,
j'ai peur de ne plus compter, de ne plus écrire,
j'ai peur de voir la terre s'effondrer le ciel nous fondre sur la tête les eaux monter les chars envahir les rues la rage gagner du terrain,
la guerre engendrer la guerre engendrer la guerre engendrer la paix des épuisés

déjà dans le jardin les rats gambadent,
et que puis-je y faire, je refuse de les empoisonner,

je ne peux leur laisser ronger la substance toxique qui de leurs viscères coulera
dans les fleurs
dans le sol
dans les eaux qui s'infiltrent et la pluie qui remonte,
condamnant à l'avance bien plus qu'une portée de surmulots
un écosystème

piégé par mon économie, par mon système, pris à ma propre nasse, enfermé, infirme, finissant.

J'ai peur et j'enrage.

J'avais écrit cette histoire, Arthur et les oiseaux, ce texte sans prétention qui disait "On a sauvé les oiseaux", un passé dans le futur, conditionnel en quelque sorte,
et le texte était beau, le texte allait naître
et soudain - oh tiens non, il y a déjà ici - Le ciel sans les oiseaux.

J'ai souri, magnanime, hasard de l'édition, pas un texte parfait,
mais la nuit mon coeur soudain s'étrangle - pas pour les mots, par pour l'album,
mais pour ce que je dirai à l'Arthur qui m'inspire :

- Non, on ne les a pas sauvés ?

J'ai peur je n'en peux plus de penser la planète à deux doigts de la fin, au rebord du chaos. Ça m'est impossible, je m'y refuse,
je me voile les yeux
je me perds dans le bruit, le travail et le vin,
je me perds dans ce que je projette, j'ai chaud, je climatise,
je somatise en vrac, je ne veux plus sentir

Pourquoi suis-je muet - la frayeur qui m'agite est-elle inaudible ? Se perd-elle dans le fracas des disputes futiles (oh tel polémiste a bien fait son travail en insultant une telle, tel nervi qui rêvait de flingues et de conduites américaines se fait tancer publiquement, trompettes des médias, tambour des instabooks, cliquetweets assourdissants)

ou bien ne sert-elle à rien qu'à remplir les derniers jours ?

mais la Terre, bordel, la Terre s'ouvre, la Terre nous vomit, la Terre se gratte de nos excès, s'enflamme de notre prolifération, de notre insatiable, la Terre tempête de nous supporter,

La pyramide de Maslow, la pyramide de misère, besoin, toujours besoin, besoin d'en avoir plus, de produire reproduire surproduire et détruire
pour éloigner la nuit et les vieilles terreurs

besoin de brandir haut, de tremper tromper trumper défaire,
d'agir et de gicler, de secouer
besoin d'être violent
de détruire à moi seul le bien commun

Ô reconnaître que tout ça m'appartient
me découvrir incapable
de tout arrêter
de m'arrêter
d'arrêter

demain, demain j'

Alors, quoi faire ? Désespérer ?

Ou alors écrire.
Écrire l'avenir.
Clamer le récit de la planète que nous avons sauvée. Raconter nos échecs et nos crises, nos erreurs, le passé. Raconter l'avenir, tisser les lendemains,
l'équilibre,
convaincre par la légende
rallier par la beauté.

J'aimerais bien, tu sais, te raconter
la prise de conscience, le prix de la vie
comment les hommes ont appris à écouter
aux portes de leurs rêves
comment soudain, juste au bord de l'abîme,
ils se sont arrêtés,
se sont regardés mains tremblantes
se sont souvenus des enfants, des chemins dans les plantes
des oiseaux, du silence

d'un soir d'été il y a longtemps

ont respiré
se sont souri
ont reculé d'un pas, puis d'un autre
ont cessé de croire pour décroître
pour décoller

quelqu'un lança une plaisanterie, et tous rirent de ces rires qui fêtent la fin des guerres, de ces rires aux larmes gaies

et quand ils eurent franchi l'abîme d'un coup d'aile,

quand ils eurent compris
qu'ils n'étaient pas le monde, qu'ils en étaient la fin

ils partirent se reposer et se souvinrent

du jour où ils avaient failli devenir fou
et des histoires qui les sauvèrent.


La lune est calme. Une voiture passe sur l'avenue. Un moustique tète la chaleur de la lampe.
Je vais dormir. Je vais rêver.
Je me lèverai à l'automne
pour le fêter.


Merci Manu

mercredi 18 juillet 2018

La Maison du Six


Au sein d’un local situé en centre ville, dans une petite bourgade du Tarn , la Maison du Six propose une gamme d’offres de service :
  • Une école accueillant des jeunes éloignés de l’emploi par manque de formation mais aussi d’informations sur les métiers qu’ils peuvent envisager. Pendant une année scolaire l’équipe les accompagne tout en proposant des cours leur permettant de retrouver le goût d’apprendre et une immersion en milieu professionnel, notamment au sein d’organisations de l’économie solidaire.
  • Des ateliers destinés aux personnes âgées vivant chez elles proposant la pratique libre et choisie. d’activités adaptées à leurs besoins .
  • Des espaces de co-working, une salle de réunion.
  • Une ludothèque itinérante, des ateliers d’éveil musical et artistique (sculpture, terre, voix) de maîtrise du langage (anglais, français) d'activités corporelles douces (et plus si affinités),
  • Des opportunités de conférences, de moments conviviaux et culturels.
  • Un espace de détente permettant de boire un thé, un café, de se donner rendez-vous, de consulter ses mails, ou simplement de revasser tranquillement 

l'accueil souriant de Valérie

Le projet est porté par Novetat, Institut de recherche et développement. Il a vocation à constituer une expérience pilote en milieu rural conjuguant le « mieux grandir» et le « bien vieillir », favorisant le maintien des jeunes et des personnes âgées dans leur environnement familier.


Pause café
En attendant les soutiens sollicités auprès des financeurs potentiels, l’association a besoin d’une aide au démarrage. Un appel aux dons suivra.

Le fardeau à plusieurs est une plume (proverbe africain)

dimanche 29 avril 2018

En avril ne te découvre pas d'un fil


 Mais manie le pinceau, la ponceuse, le grattoir, la serpillière et tout ce genre de choses. Fin de chantier (presque). Il fallait un sérieux coup de neuf et de propre mais ça commence à prendre forme Nous organisons un "lieu des possibles" dans notre petite ville rurale . On espère que le projet va s'épanouir. Il y a prise de risque financier. A suivre donc...



 

samedi 7 avril 2018

Frère Jacques .







Cher Jacques,
Voilà, la mort a fait sa sale besogne, elle a eu raison de ta brûlante énergie et t'a embarqué pour ce voyage qu'on dit long et qui n'est peut-être qu'un passage furtif vers le repos définitif. O' mon frère de cœur, comme c'est douloureux de savoir que tu as disparu de notre proche univers. J'aimais tellement ta voix suave, ironique, tendre et violente. J'aimais tellement tes "atmosphères" qui me donnaient de l’oxygène. Tant de souvenirs . Je t'ai rencontré la première fois. au Théâtre du Ranelagh. Ce soir là, Brigitte Fontaine nous avait insultés, nous, le public, étions l'ennemi, va savoir pourquoi. Puis c'était  aux Blancs Manteaux, un couple avait quitté la salle et tu les avais un peu houspillés, ton fils Ken était dans la salle. Je suis partie à l'étranger et j'écoutais l'enregistrement à Mogador., un triple album qui a fait mon bonheur quand je me languissais dans ce pays de sable et de  fausses richesses. J'étais responsable d'une émission de radio française dans les Emirats Arabes Unis et une veille de premier de l'an, j'avais invité les auditeurs francophones à le fêter avec ton "Champagne" ce qui m'avait valu des remarques du directeur pour apologie de l'ivresse en pays musulman (???!). J'aimais particulièrement Hold tight, l'humour!
Je suis allée t'écouter à la Villette et ton retard avait surchauffé la salle et m'avait un peu angoissée, moi qui supporte peu les phénomènes de foule. Mais tu nous avais donné un concert de trois heures joyeux et punchy. Suis allée t'écouter à nouveau à Montreuil. Tu avais fait un duo avec les Zap Mamas sur Mona Lisa klaxon qui avait duré 10 bonnes minutes.
Mes enfants ont écouté et tellement aimé "La croisade des enfants".
"J'suis trop p'tit pour me prendre au sérieux
Trop sérieux pour faire le jeu des grands
Assez grand pour affronter la vie
Trop petit pour être malheureux"

Tu as été pour moi le vrai rockeur, fou, généreux, libre, poète, dénué de forfanterie, et cependant excessif, incontrôlable (tu n'aimais pas la télé et ceux qui t'y invitais  tremblaient à l'idée des folies que tu pouvais commettre et tu ne t'en privais pas!).
Je t'ai suivi dans de plus petites salles, à l'invitation de membres de ton équipe. Je pense à Mahut qui doit être si triste ce soir et à ta fille chérie qui perd son père alors qu'elle est encore si jeune. Elle a hérité de ton talent. Bon sang ne saurait mentir.
J'ai eu la chance d'assister à ton dernier concert le 24 mai 2016 à Toulouse. Tu semblais encore en grande forme, tu m'as bluffée!
Je vais relire "Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans" et réécouter certaines de tes très vieilles chansons. Celle-ci tiens, tellement d'actualité  "J'suis qu'un grain de poussière"
T'es pas mort, tu continues de chanter dans ma tête.

Retrospective INA

mardi 27 mars 2018

Si tu vas à San Salvador, va voir la femme...*

A Salvador de Bahia (Brésil), j'ai vu beaucoup de femmes. Le Forum social mondial s'est ouvert  joyeusement avec les danses et les chants, la capoeira et les transes, mais surtout un défilé braillard mais paisible dans des rues où se  mêlaient manifestants et quidams de la rue, les boutiques ouvertes, quelques policiers par bandes de cinq ou six qui ne semblaient pas vouloir en découdre


Résister et transformer pour une société inclusive et démocratique


Beaucoup de femmes donc dans le défilé qui chantaient et raillaient. Les femmes pour la démocratie!
Hélas on apprenait le lendemain que Marielle Franco, une jeune femme noire, conseillère municipale fraîchement nommée à la tête d'une commission d'enquête sur les violences policières dans les favelas qui devait venir au Forum,  avait été assassinée de plusieurs balles dans la tête. Énorme émoi bien-sûr. Une marche de protestation le matin même du 14 mars, le soir une veillée "Marielle présente". Il y a beaucoup de crimes au Brésil. mais c'est une première qu'un responsable politique soit exécuté de cette façon. Ce n'est pas un hasard que ce soit cette femme, noire,  lesbienne issue des favelas et qui se battait avec courage contre les violences perpétrées dans les favelas dont les jeunes font les frais Le nombre des femmes assassinées est invraisemblable.  La destitution de Dilma Roussyef et la menace d'incarcération de Lula, considérés au Forum comme un coup d'état ajoutés à ce crime odieux ont surchauffé le climat du Forum.
L'assemblée des femmes qui s'est déroulée  le lendemain sur la place Terreiro de Jésus, était emplie des harangues rageuses et des déplorations. Un homme qui s'imposait sur l'estrade pour faire des photos s'est fait insulter et a fini par se retirer sous les avanies. Les Marocaines ont envahi la scène pour s'opposer à la parole des femmes Sahraouies (comme dans tous les FSM, l'Etat marocain délègue des troupes fournies pour cet exercice d’obstruction).
Dans cette foule j'ai fait une rencontre improbable : une jeune chercheuse qui prépare sa thèse avec un de mes collègues. Je savais qu'elle était brésilienne mais c'était tout de même miracle que je me retrouve juste devant elle. Nous nous sommes un peu éloignées pour déguster un sorbet délicieux dans une boutique tenue par  un Français installé à Salvador depuis 25 ans et qu'elle m'a fait découvrir. Nous avons pu échanger des nouvelles loin des harangues.  Elle m'a décrit l'état politique du pays, peu réjouissant. Les acquis sociaux sont rognés les uns après le autres, les universités tendent vers la privatisation, la culture n'a plus de budget et tout à l'avenant. Pas étonnant qu'on ait entendu un leitmotiv lancinant Temer fora / Dégage Temer (le président actuel  crédité d'à peine 5% de légitimité, corrompu et considéré comme celui qui a destitué Dilma par un coup d’État. La réaction gagne toute l'Amérique latine après un court intermède où le voisin yankee ayant mis toutes ses forces au Moyen Orient en avait moins pour juguler les révoltes locales.

L'assemblée des femmes
Sur le site de l'université  un "cimetière " pour toutes les femmes assassinées. Un peu partout la photo de Marielle

Cette 13e édition du FSM a réuni pas moins de 60.000 personnes issues de 120 pays différents. C'était un forum très brésilien avec une représentation internationale plus réduite. En revanche, une présence très importante de jeunes et de femmes qui faisaient d'ailleurs l'objet de beaucoup d'ateliers avec en particulier le concept d'intersectionnalité dont Marielle était un symbole fort, le cumul de plusieurs motifs de discrimination : le genre, la couleur de peau, l'orientation sexuelle, la classe.  Coluche en son temps disait que pour ceux-là, c'était plus difficile.
A chaque FSM, on se demande si c'est bien utile, si ça a encore un sens, si ce n'est pas le dernier. Et il est vrai que ce n'est plus aussi convaincant qu'à l'origine. Cependant le FSM reste un lieu de découvertes de ce qui se passe un peu partout dans le monde et un lieu de bouillonnement, de prises de contacts, d'informations croisées sur l'état du monde.
On a ainsi pu entendre parler d'un projet assez fou la  Jai Jagat , une marche pour un autre monde, depuis l’Inde vers les Nations Unies à Genève, qui traverserait une quinzaine de pays avec des manifestations massives dans chaque pays. Une marche pour la paix. On aurait besoin en effet de faire la paix sur cette planète, la paix entre humains, la paix avec les animaux (le dernier rhinocéros blanc vient de mourir), la paix avec la terre et les océans.
Ce qui était évident dans ces journées, c'est que la révolution sera féministe ou ne sera pas.
Je vous fais grâce des ateliers que j'ai fréquentés dont une grande partie m'est restée obscure (je ne parle pas le portugais). L'un d'eux était important et suivi avec attention par un nombre non négligeable de participants, l'atelier préparatoire au forum mondial des économies de la Transformation prévu en avril 2019 à Barcelone et dont nous serons les organisateurs .
Je n'ai pas eu le temps d'explorer beaucoup la ville. Quelques photos qui ne sont pas d'une grande qualité mais permettent de saisir quelques bribes visuelles de "Saint Sauveur de la Baie de tous les Saints" qui fut la capitale de 1549 à 1763 et est la ville la plus noire du Brésil à cause du trafic triangulaire du temps honni de l'esclavage

Carte de la baie de Tous les Saints 
le coucher de soleil sur la baie

Le port vu de l'élévateur ci-dessous qui permet de passer de la ville haute à la ville basse


Elle est censée porter bonheur si on accroche un de ces bracelets brésiliens

Succession des façades colorées 

i

J'ai quand même réussi à prendre un bain dans l'eau claire en me levant tôt le dernier jour parce que j'avais déménagé dans la Poussada Arte Brasileira, une auberge décorée par Jacqueline une métis adorable et talentueuse et que ce lieu atypique se trouve à 5 mn à pied de la plage de Porto da Barra.
Une dernière évocation de ce voyage trop court (surtout si on considère les 17 heures d'avion pour rejoindre Salvador et autant pour en revenir) : les fruits succulents au petit déjeuner, ananas, papaye, mangue, banane, dont on découvre les vraies saveurs qui n'ont rien à voir avec celles qu'on connait en Europe

* Le titre est en référence à une chanson de Bernard Lavilliers mais il s'agit de Salvador, la capitale du Salvador alors que le FSM avait lieu à Salvador de Bahia. J'ai pensé à Lavilliers grand amoureux du Brésil qui parle d'ailleurs de Belem dans cette chanson.

mercredi 7 février 2018

L'arbre, ce géant bienfaisant

Ce titre est emprunté au beau texte de Paul, dans "La feuille charbinoise. Il y  présente  quelques ouvrages consacrés aux arbres. Cela m'a donné envie d'exhumer des photos glanées au fil des années, des saisons, des lieux. J'aime les arbres et je suis souvent tentée de les photographier. Quelques-unes de ces prises, avec leur situation, sauf quand je ne me souviens plus.

Le prunier en fleur. Maison
Vue de la grange sur l'arrière du terrain. Maison

Maison
Un jour sur la route, un petit endroit frais pour piqueniquer


 Trace d'un géant abattu. Arles (13.

Berlin, florilège de lampadaires

At home
En promenade dans le tarn
Dans le jardin d'une amie Saint- Hippolyte-du-Fort (34)

Séville Jardin de l'Alcazar (Espagne)

Dakar. Sénégal

Jardin des Doms.Avignon (84)

Arganier, région d'Essaouira Maroc

En ombre portée sur le mur du cloitre à Lagrasse pendant le Banquet du livre (09)

Le Ginkgo Biloba en automne

Les deux arbres en hiver avant que la tempête ne les sépare

Un géant échoué sur la plage de la Grande Côte (17)


"En argot les hommes appellent les oreilles des feuilles
c’est dire comme ils sentent que les arbres connaissent la musique
mais la langue verte des arbres est un argot bien plus ancien
Qui peut savoir ce qu’ils disent lorsqu’ils parlent des humains"

mardi 16 janvier 2018

Un espace de l'amour débarrassé des harceleurs

Je reproduis ci-dessous un texte de la romancière Leîla Slimani, paru dans Libération qui exprime plutôt bien ce que je pense moi-même de l'épisode "la liberté d'importuner indispensable à la liberté sexuelle"  (noter le terme indispensable) Ma propre expérience m'a démontré suffisamment que les hommes détestent être importunés quand l'importune n'a pas leurs faveurs et que cela les révulse même qu'une "moche" (entendre éventuellement une vieille) prétende les aguicher. J'ai entendu dans la bouche de mes congénère masculins les blagues les plus insultantes à l'égard de quelque malheureuse, simplement un peu insistante par ses regards énamourés. C'est dire que la liberté d'importuner se trouve clairement dans un seul camp. En revanche, si je n'ai pas rejoint le chœur des "me too" c'est uniquement parce que j'ai du mal à entrer dans ce genre de buzz et qu'en dépit de mon soutien à toutes les femmes dans des circonstances de cet ordre, je fais partie de celles qui se sont débrouillées pour ne pas tomber dans un guet-apens de cet ordre (chance ou  intuition), Pourtant ce ne sont pas les épisodes graveleux qui ont manqué, les frotteurs , les invitations insistantes, les mains baladeuses, les propositions tendancieuses etc, de même les angoisses la nuit en rentrant chez moi quand un type collait à mes pas.
Donc merci Leïla pour cette réponse tranquille et joyeuse à nos prosélytes de la drague importune. Et  on peut voir qu'elle ne fait pas partie des féministes "moches et frigides", éternelle réplique aux prises de position des femmes pour la défense de leurs droits.




Marcher dans la rue. Prendre le métro le soir. Mettre une minijupe, un décolleté et de hauts talons. Danser seule au milieu de la piste. Me maquiller comme un camion volé. Prendre un taxi en étant un peu ivre. M’allonger dans l’herbe à moitié dénudée. Faire du stop. Monter dans un Noctambus. Voyager seule. Boire seule un verre en terrasse. Courir sur un chemin désert. Attendre sur un banc. Draguer un homme, changer d’avis et passer mon chemin. Me fondre dans la foule du RER. Travailler la nuit. Allaiter mon enfant en public. Réclamer une augmentation. Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée. Le droit de ne même pas y penser. Je revendique ma liberté à ce qu’on ne commente pas mon attitude, mes vêtements, ma démarche, la forme de mes fesses, la taille de mes seins. Je revendique mon droit à la tranquillité, à la solitude, le droit de m’avancer sans avoir peur. Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi.
Je ne suis pas une petite chose fragile. Je ne réclame pas d’être protégée mais de faire valoir mes droits à la sécurité et au respect. Et les hommes ne sont pas, loin s’en faut, tous des porcs. Combien sont-ils, ces dernières semaines, à m’avoir éblouie, étonnée, ravie, par leur capacité à comprendre ce qui est en train de se jouer ? A m’avoir bouleversée par leur volonté de ne plus être complice, de changer le monde, de se libérer, eux aussi, de ces comportements ? Car au fond se cache, derrière cette soi-disant liberté d’importuner, une vision terriblement déterministe du masculin : «un porc, tu nais». Les hommes qui m’entourent rougissent et s’insurgent de ceux qui m’insultent. De ceux qui éjaculent sur mon manteau à huit heures du matin. Du patron qui me fait comprendre à quoi je devrais mon avancement. Du professeur qui échange une pipe contre un stage. Du passant qui me demande si «je baise» et finit par me traiter de «salope». Les hommes que je connais sont écœurés par cette vision rétrograde de la virilité. Mon fils sera, je l’espère, un homme libre. Libre, non pas d’importuner, mais libre de se définir autrement que comme un prédateur habité par des pulsions incontrôlables. Un homme qui sait séduire par les mille façons merveilleuses qu’ont les hommes de nous séduire.
Je ne suis pas une victime. Mais des millions de femmes le sont. C’est un fait et non un jugement moral ou une essentialisation des femmes. Et en moi, palpite la peur de toutes celles qui, dans les rues de milliers de villes du monde, marchent la tête baissée. Celles qu’on suit, qu’on harcèle, qu’on viole, qu’on insulte, qu’on traite comme des intruses dans les espaces publics. En moi résonne le cri de celles qui se terrent, qui ont honte, des parias qu’on jette à la rue parce qu’elles sont déshonorées. De celles qu’on cache sous de longs voiles noirs parce que leurs corps seraient une invitation à être importunée. Dans les rues du Caire, de New Delhi, de Lima, de Mossoul, de Kinshasa, de Casablanca, les femmes qui marchent s’inquiètent-elles de la disparition de la séduction et de la galanterie ? Ont-elles le droit, elles, de séduire, de choisir, d’importuner ?
J’espère qu’un jour ma fille marchera la nuit dans la rue, en minijupe et en décolleté, qu’elle fera seule le tour du monde, qu’elle prendra le métro à minuit sans avoir peur, sans même y penser. Le monde dans lequel elle vivra alors ne sera pas un monde puritain. Ce sera, j’en suis certaine, un monde plus juste, où l’espace de l’amour, de la jouissance, des jeux de la séduction ne seront que plus beaux et plus amples. A un point qu’on n’imagine même pas encore.

On  espère que cette "prophétie" se réalisera.