Je poste aujourd'hui un texte écrit en 2008 qu'il me semble pertinent de republier et je l'illustre d'une très belle photo du regretté JEA parue en janvier 2010 sur son blog Mosaïques pour illustrer un autre de mes textes dans le cadre des Vases communicants
Cette année j'ai envoyé mes vœux sous la forme suivante "Optimisme, lucidité, pugnacité, sérénité", cocktail subtil à concocter, d'un effet revitalisant garanti." Comme vous me semblez fonctionner avec ce genre de carburant, j'ai eu envie de défendre la recette auprès de mes compagnons lecteurs.
L'optimisme n'est pas une prédisposition mais une hygiène mentale qui relève du pari pascalien : le pire, anesthésiant, mortifère, n'est ni plus ni moins avéré que son antonyme.
La lucidité est une fonction utile à chaque instant pour distinguer les vessies des lanternes, la flagornerie de l'hommage et la probité de l'imposture.
La pugnacité n'est pas folle agressivité mais volonté articulée à la résistance, toutes choses nécessaires pour seulement se lever chaque matin.
La sérénité consiste essentiellement à ne pas craindre la mort. Lorsqu'elle nous fauchera nous n'aurons plus aucun regret, à moins d'imaginer que notre corps en se dissolvant relâche une âme en quête de salut, ce qui, à Dieu ne plaise, relève à ce jour de la pure mythologie.
Si on observe le cours du vivant, on constate qu'il procède de ces principes. En revanche les pulsions mortifères sont antagoniques, en tension nécessaires sans doute mais dangereuses dans leur exacerbation.
Le pessimisme chronique réduit tout acte à son inanité.
La lucidité, sous bassement revendiqué de la logique pessimiste consiste essentiellement à traquer les mauvaises raisons de se satisfaire du dégoût du monde et à considérer avec mépris la modestie du quotidien.
La pugnacité revêt souvent l'uniforme de la guerre, recours soi-disant ultime pour convertir un monde dissolu.
Quant à la sérénité, elle se confond ici avec l'atrophie émotionnelle, rempart de l'angoisse.
Bien entendu, nous avançons chacun sur la corde tendue entre ces pôles et nul n'échappe à l'optimisme niais, aux aveuglements suivis de trous noirs, aux désirs de meurtres, au chaos émotionnel.
10 commentaires:
Association audacieuse du désir de meurtre et du chaos émotionnel...La tigresse tapie en l'autrice se fait entendre...
@PV pas de tigresse, plutôt une chouette comme celle d'Athènes ::-)
Merci de nous resservir ce cocktail, Zoë, et permettez-moi de sourire à votre dernier mot : "recyclage".
@Tania, le recyclage n'est-il pas donner une seconde vie à un objet qui ne sert plus ? Merci de votre visite
si vous vous sentez plus tigresse que chouette , je vous en donne acte mais vous mets en garde : la chouette effraie,,, N'ayez pas peur la guerre de proies n'aura pas lieu...
Une recette qui est un formidable programme de vie, de survie !
Merci aussi de citer JEA.
A pugnacité, je préfère teigneux, les classes populaires de nos parents ont dû pour s’en sortir être teigneux. C’est moins littéraire que pugnacité, c’est moins valorisant au niveau de l’éthique, c’est plus personnel, mais nous allons laisser la pugnacité aux classes possédantes.
@Pierre NESTOR, merci de votre passage, mais teigneux et pugnacité ne sont pas vraiment synonymes, la pugnacité indique de la persévérance dans la lutte, teigneux a un côté hargneux , agressif qui ne me va pas bien. Je ne laisserai pas la pugnacité aux classes possédantes que je trouve teigneuses tandis que les pauvres sont pugnaces et ne lâchent rien pour continuer à vivre en dépit des conditions déplorables qui leur sont faites. Mais ça se discute, sans aucun doute. :-)
@Colo, je pense souvent à JEA. Il m'avait fait cadeau d'un tirage d'une de ses très belles photos qui est 'encadrée, en bonne place chez moi.
Oups! l'anonyme c'est moi bien sûr
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