dimanche 30 août 2009

Le vent des blogs 23. Utilités et futilités


Une photo de mon lac chéri dans lequel, je le crains, je ne vais pas me baigner de sitôt. La température a chuté brutalement et si le soleil est bien présent il ne fait plus illusion, l'été a glissé vers l'automne.
Cette semaine je n'ai guère vagabondé (reprise des hostilités sur le front du travailler, ni plus ni moins).
J'ai recouru à la facilité. Un certain Nicolas suggère Partageons mes âneries, je l'ai pris au mot et j'ai glané chez lui une bonne partie de ma petite moisson hebdomadaire, d'autant qu'il rendait compte d'un grand raout organisé par lui dans un lieu dit La comète, sis à Kremlin-Bicêtre et pour cela intitulé le Kremlin des blogs. Vous n'en fûtes point ? Moi non plus, ça n'empêche pas de s'intéresser. Il relate sa dispute avec un de ses vieux potes. On s'en fout mais bon.
Ce qui est bien dans la blogosphère c'est l'étrange arrimage de certains avec d'autres. Ainsi comme le Nicolas fait une allusion fine au décolleté de Fisso, je clique pour voir à quoi il ressemble et je tombe sur un article sur la pratique, toujours à l'oeuvre semble-t-il, consistant à proposer aux candidats à la naturalisation de troquer leur Aïcha ou leur Ahmed pour un prénom moins évidemment exogène. D'ailleurs un éminent sociologue s'est également penché sur la question Baptiste Coulmont et nous apprend entre autres que seul 5% de ceux qui choisissent la francisation le demandent pour leur nom et 88% pour le prénom. Ce blog sérieux (scientifique dirait-on) nous offre une cartographie blogueste, (pas bien compris comment ça marche mais c'est très joli) ainsi qu'une info détonnante le retour des poppers (j'ignorai l'existence de ces produits dans la pharmacopée ) qui reviennent dans les sex shops après avoir été interdits (les stocks piaffent). Il faut signaler que cet universitaire consacre ses recherches à un sujet fort peu traité par l'académie et qu'il a publié Sex-shops, une histoire française, Paris, Editions Dilecta, 2007 .
Autre trouvaille Olympe et le plafond de verre. Olympe a posté une vidéo de l'intervention de Cécile Duflot une Verte invitée chez les Roses. Elle n'a pas sa langue dans sa poche et en avant-propos, remarque, mais elle n'est pas la seule, qu'à La Rochelle, les tables rondes se font entre hommes. C'est cocasse de voir Delanoë l'applaudir à tout rompre.
Puisqu'on est dans le féminisme continuons , Sasa la loute nous offre une image de" la femme telle qu'elle est", je vous laisse découvrir. J'adore aller sur les sites des filles qui lisent Elle et Glamour, ça me repose. J'ai l'air de sardoniquer. Pas du tout. Vive les futilités utiles.
On est encore un peu en vacances, alors pour conclure, une visite à Héliomonde. C'est Oh le craquant que je croise ici où là sur les blogs (et même ici, je crois qu'il est venu, sais plus) Il dit être Entre deux eaux, et son reportage m'a donné envie de revenir en région parisienne (hi hi, non c'est pas vrai, je préfère mon lac sauf qu'il est plus rempli de grenouilles et de carpes que de beaux éphèbes). Heureusement grâce à Bougrenette aux manettes voici spéciale copinage pour mes soeurs de ouèbe un beau mec alangui, si flatté et heureux qu'on l'admire. Il parait qu'on peut passer commande chez Oh.
Faites votre choix, rien ne va plus !
J'oubliais Fredo Viola, l'échangerais volontiers contre tous les éphèbes.

jeudi 27 août 2009

Résister c'est créer*



La Chevalière a posté, à l'occasion de cette foutue rentrée généralement bourrée de marronniers, un petit billet, d'un humour dont elle a le secret, sur les affres subies au cours de nos scolarités.
Je complète son tableau en évoquant celles dues en particulier à l'obsession quasi militaire de réduire la singularité des élèves (qui sont aussi des enfants mais ils doivent l'oublier en franchissant le seuil sacré de l'enceinte scolaire ) au profit de l'élève modèle dont on peut résumer le profil de la façon qui suit:
  1. a dormi aux heures raisonnables la veille pour être frais et dispos en cours et ce après avoir accompli ses devoirs nombreux et variés, généreusement distribués (mais dans l'anarchie totale) par ses maîtres, de façon à en fournir la preuve indéfectible si nécessaire (en fait si le prof en exprime le désir).
  2. dispose de tout son équipement auquel il ne manque ni gomme ni rapporteur, ni les quatre couleurs, ni le cahier à spirales, ni le classeur à feuilles multicolores, ni les livres (soit cinq ou six à la fois selon les jours) en évitant de bêtement se déformer la colonne vertébrale au prétexte que c'est lourd à porter,
  3. écoute avec une attention soutenue et sans faille tout ce que le maître formule (même quand il ronchonne, fulmine, éructe, bredouille, marmonne, bégaie, s'engoue, tousse etc.),
  4. évite par conséquent de se laisser aller à quelque rêvasserie et reste con-cen-tré,
  5. répond quand on l'interroge, se tait le reste du temps, soit le plus souvent possible,
  6. n'abuse pas du défoulement récréatif pour grimper aux rideaux ou assommer ses congénères,
  7. porte des tenues aussi neutres que possible pour ne pas se faire excessivement remarquer,
  8. veille cependant à ne pas trop dévier des modes locales pour ne pas déclencher quolibets et autres avanies, obligeant ses maîtres à un exercice de régulation éprouvant,
  9. sait à la fois être un bon camarade secourable, attentionné et dénoncer ceux qui commettraient des exactions (facéties outrageantes à l'égard du maître en particulier),
  10. abandonne à l'entrée de l'école sa défroque de gamin éventuellement en proie à des trucs pas très reposants (rock and roll musclé entre père et mère, faillite et ronde des huissiers, traque des zélateurs de l'appartenance à la mère patrie etc.).
Il n'y a aucun enfant qui puisse ou désire être cet élève là. Dolto disait que les formes de résistance se trouvent soit dans l'apathie, le repli vers la position amorphe , soit dans la rebellion agitée.
Les premiers sont bien tolérés par l'institution. Certes" ils ne font pas des étincelles" mais ils foutent une paix royale aux gardiens du troupeau, qui les oublient avec reconnaissance.
Les seconds en revanche sont les moutons noirs. "Ils ne savent pas quoi faire pour se rendre intéressants". En fait, ils savent si bien faire qu'ils le font. S'ils savent conjuguer résultats scolaires et indiscipline, ils auront quelque chance de s'en tirer (avec cependant "les sanctions qui s'imposent"). Mais les notes faibles combinées à la révolte c'est l'hallali assurée. L'institution finira par recracher ce mauvais morceau : inapte ! Seule ressource : la création, l'invention d'un chemin hors des sentiers battus. Souvent une rencontre (physique ou virtuelle) peut permettre la reconversion d'un cancre en magnifique. Mais hélas, qu'il est long, le chemin et pour être honnête, il faut ajouter qu' on ne se remet jamais tout à fait des humiliations infligées à l'enfance. Pensez-y pédagogues! Et n'oubliez pas que le sens littéral de pédagogie est "le voyage des enfants" (pas l'encasernement).


*Titre emprunté à Miguel Benassayag Résister, c'est créer, en collaboration avec Florence Aubenas (2002), La Découverte.
Voir aussi Désobéir c'est vivre et chez Nomade, et le mouton noir soi-même

Découvert aujourd'hui (vendredi un débat sur le sujet dans le nouvel obs. Edifiant.

Et un petit rappel de la Môme

Après commentaire de Dexter (29/08) un lien tutafée ad hoc

Photo Mouton noir sur l'ile des Orcades

mardi 25 août 2009

Petite chanson sans musique et sans importance




Mon chum est un new's addict
I'peut pas vivre sans les journaux
Il a besoin dans son optique
Des points d'vue de toutes les radios
A 20H faut qu'on abandonne
C'qu'on disait un instant plus tôt
Pour regarder c'que la vie donne
Et reprend après in petto.
Mon chum branché sur les comètes
Parfois oublie mon numéro
De téléphone et dans sa tête
Quand je dis viens, il dit Allo ?
Peut-être bien que je thématise
Sur des courants plus ou moins chauds
Sans doute aussi que j'analyse
En bousculant le matériau,
Mais quand j'ai faim de sa tendresse
Et qu'il commente les rodéos
Que dans mes mains gèlent les caresses
Pendant qu'il lit son édito
J'voudrais lui glisser sous ses pages
A l'encre sympathique un p'tit mot
Avec comme mot clé du message
Juliette attend son Roméo.

dimanche 23 août 2009

Le vent des blogs 22. Entrez dans les parenthèses, adoptez qui vous voulez.




Aujourd'hui dernier dimanche de vacances avant "reprise" des hostilités (lever sur commande, route matinale sous la pluie ou dans le brouillard, longues heures consacrées à justifier quelques tout petits zéro sur le carnet de chèques, bref, évitons le pathos puisque par ailleurs je fais des choses "intéressantes", enfin il parait, j'aime à le croire, merci de fermer la parenthèse).
Retour du vent des blogs après interruption pour cause de vacances justement (lever selon humeur, lecture prolongée, pérégrination où bon me semble, parlotes avec potes et potesses, diners tardifs après cuisine préparée avec soin, bref, évitons d'ennuyer, vous connaissez tout ça et ferme cette foutue parenthèse).
Je vous préviens, ça va être foutraque, j'ai ponctionné quelques liens au cours de mes vagabondages blogosphériens et je vais tenter de leur donner un brin d'agencement vaguement cohérent. On y va.
Humeurs de gauche, pour une (vraie) gauche de combat. Il annonce la couleur celui -là au moins. Voici une citation du jour captée sur le site: "Si un jour tu te sens inutile et déprimé, souviens-toi : un jour tu étais le spermatozoïde le plus rapide de tous." (Coluche). Pour le reste, à vous de voir.
On a eu droit à un débat pour ou contre Michel Onfray chez Clopine, les partis pris y étaient fermes et tranchés entre ceux qui traitaient Onfray de faiseur et ceux (j'en suis) qui lui trouvent du talent (d'écrivain pour ce qui me concerne, Esthétique du Pôle Nord par exemple, son voyage avec son papa chez les Inuits menacés de disparition comme on sait , mais rien n'est entrepris pour l'éviter). Un certain eirean (pas de site apparemment ), nous a aimablement transmis les liens pour deux vidéos (Michel Onfray U1 Michel Onfray U2) présentant l'Université Populaire et Onfray décrivant sa façon de travailler ses conférences. Eh bien, il ne mégote pas ! Si les universitaires en faisaient autant pour leurs cours... Au passage, on voit P. Corcuff expliquer comment il a repris l'idée à Lyon ( j'aime bien Corcuff, ce qui est bête c'est qu'il ait suivi Besancenot mais nobody is perfect).
Une petite pause offerte par Harmonia un des contributeurs de la République des Libres. Avec ce dernier lien vous débarquez sur l'énigme du samedi soir (généralement proposée par Soded) et vous pouvez faire assaut de culture (n'est-ce-pas Mon Chien Aussi ?). Tiens MCA (qui n'a pas de blog mais s'installe volontiers chez les autres, surtout (à ma connaissance) chez Sophie K (et quelques autres), eh bien MCA, voici le genre de petit bijou qu'il propose de temps à autre (ça vous donnera une idée de son genre d'humour. Et son copain Vinosse, le Grand Sachem il en pince pour celle-ci. et nous donne à connaître Le Cercle des Résistants à l'Oppression des Agenouillistes CROA. Qu'il en soit ici remercié.

J'ai appris une jolie nouvelle cette semaine et c'est par les carnets de Mamzelle Luna. Il existe un peuple les Zo'é, tout à fait exemplaire, prenez la peine de vous renseigner (il n'existe pas de notion de propriété, tout est à disposition en abondance dans la nature, du coup, le mot merci n'existe pas, le partage est aussi naturel que la respiration). Hélas, à peine avais-je découvert leur existence et conçu un projet de retraite éventuelle (je leur aurais demandé de m'adopter en tant qu'espèce en péril), j'apprenais que Nicolas Hulot leur a rendu visite et je crains le pire pour eux désormais.
Encore une chtite copine sympathiche, Mrs Clooney nous propose une question à deux balles "pourrais-tu te marier avec un sarkozyste (c'est un terme extra pour le scrabble). Je vous ai sélectionné spécialement rien que pour vous la réponse de Didier Goux (oui, celui du billet précédent ). Notez que je prend la précaution des guillemets : "Moi, personnellement, un fiancé sarkozyste, ça me dit trop rien. Alors qu'une grosse cochonne trotskysto-écolo-besanceniste, je crois que j'arriverais à lui passer par-dessus les clivages." Une question me taraude, est ce que Mrs Clooney fait partie du clan DG. Merci de me répondre si vous avez des vues éclairées. En attendant elle aime Andy Bird,
et moi aussi.
Dernière nouvelle du front, toujours chez Sophie K, F-O Laferrère nous signale un petit précédent qui va faire frissonner le milieu de la blogosphère, Google condamné à dévoiler l'identité d'une blogueuse (blagueuse ?). Dites pas de mal de vos ennemis, ils seraient capables de vous retrouver.
Pseudo, pas pseudo, ça aussi c'était en discussion. Le fond de la question (en gros) était est-ce-que le pseudo permet d'être plus sincère ou plus lâche (je résume très très). Qu'en pensez-vous?
Une dernière info avant fermeture. Nous allons entrer Dominique Boudou et moi-même dans l'exercice proposé par Loïs de Murphy et Frédérique M, consistant à poster chez un(e) petit(e)
camarade le premier vendredi du mois (pourquoi le premier vendredi et pourquoi pas, allez voir ça chez les deux larronnes précitées). Les vases communiquants ça s'appelle. Vous voilà au courant et si ça vous amuse eh bien transvasez ou vous voulez (à condition bien-sûr de réciprocité).

Photo Les deux peupliers ZL (Ces deux vénérables bordent la petite route qui mène au lac)

jeudi 20 août 2009

Phonotexte et phonosexe




J'ai entamé la lecture d'un livre glané à Lagrasse après avoir écouté son auteur sur l'insularité de l'écrivain.
Jean Pierre Martin "a cru entendre, dans les romans de voix , les échos d'une amplification ambiante, de cet assourdissement du monde où se mèlent bruit médiatique, rythmes nouveaux et murmure des conversations". Il s'intéresse à "La bande sonore" (José Corti 1998) d'écrivains tels que Beckett, Céline, Duras, Genet, Perec, Pinget, Queneau, Sarraute, Sartre.
Je commence donc et je trouve dans l'intro ce qui suit (20)
L'hypertrophie de la voix narcissique dans un monde de haut-parleurs multiplie les méfaits du fou narcissiste, constatés par Gadda, dans la "prétendue civilisation contemporaine":

"il exhibe voix et chants, pour étourdir les gens au travail par la radio, pour magnifier son Je dans la voix et le vacarme. la voix exerce un attrait puissant [...], et pèse gravement, pour ainsi dire, sur l'ovaire des gens: c'est un moyen de conquête, un instrument du pouvoir. C'est la sensuelle façon d'appâter les benêts en matière d'éloquence politique et parfois dans l'art oratoire sacré ou dans celui du barreau. Par dessus la voix des mâles, des femelles, des castrats, des millions de "philophoniques" du globe ont installé cette niaiserie fructueuse qu'est pour leurs oreilles le chant appollinien ou éronien.[...] Bref, le Je phallus ne peut ignorer la voix (229) *
La logosphère vend de la voix comme du sexe. Elle permet le règne publicitaire et la pornographie. Le phonotexte est un phonosexe. Il érotise la parole, à la façon dont le ton de la voix érotise le discours politique. le phonotexte prétend voler le feu qu'il y a dans la voix. Il sait en tout cas que ce feu n'est pas ailleurs que dans la voix. Notre langue le reconnaît, ce feu : elle parle d'une extinction de voix. **

Si l'envie m'est venue de partager cet extrait c'est qu'en allant sur le site de Didier Goux (que je vais rayer de ma liste, je suis naîve et n'avait pas encore compris d'où me venait la fascination- malaise pour ce monsieur), dans son billet de ce jour intitulé sobrement Petits délires racistes matutinaux il vante les mérites d'une très jeune femme qui, se gargarisant d'appartenir à la réacosphère, débagoule d'incroyables stupidités larmoyantes pour défendre sa belle France peuplée du vrai peuple méritant qui se lève tôt.
Y'a des baffes qui se perdent !

*.Carlo Emilio Gadda, Eros et Priape, Christian Bourgois, 1990, trad G. Clerico..
** un ex-conseiller en communication de Le Pen rapporte ce propos chez l'allumeur de haine : "Quand j'ai une extinction de voix, je ne peux plus penser"

Pour rigoler (jaune) le discours du petit monsieur en illus

Photo http://caes.loria.fr/Mediatheque/images/DVDsmall/dictateur.jpg

lundi 17 août 2009

Les mots, les notes ou les deux à la fois. Deuxième passage


Flemme grandiose!
L'été tout conspire (et transpire) à nous inviter à la velléité. En même temps, me titille le goût de renouveler l'eau de ce blog qui sinon peut se croupir et faire fuir quiconque passe et repasse pour constater l'immobilisme le plus délétère. Mais l'été, les copains s'invitent (à la campagne, c'est fou comme on nous aime plus l'été que l'hiver). Comme en cherchant tout autre chose, on retrouve un texte du temps où ce blog débutant n'était visité que par les corbeaux, on le repèche (bonne aubaine) parce qu'il va reprendre une actualité vivace à la rentrée et on lui donne ainsi quelque chance de trouver lecteur. Le (re)voici donc. Après quoi je vais me reposer de toutes ces activités épuisantes : nager, causer avec les copines, boire des verres de Saint Mont, arroser le jardin, enfin bref !

Donc l'Audiovisuel va subir une cure d'amaigrissement, du moins le public. L'autre, gavé par un surplus de manne publicitaire pourra continuer à se rouler dans les paillettes, à verser des salaires faramineux à ses bonimenteurs et à engraisser ses actionnaires. Notre bonimenteur en chef a l'intention de nous berlusconiser les neurones, du moins de mener à ses ultimes extrêmes ce qui s'est entamé depuis déjà vingt ans, le règne de l'imbécillité , de la vanité et du dérisoire. Pour ma part, mon temps de cerveau disponible, je l'ai soustrait depuis belle lurette à l'audimat. Aux heures où la méthode Cauet sévit, je fricote avec de purs esprits, qui ne m'encombrent pas de leurs lourdes physionomies et me livrent tels des elfes la légèreté de leur petite musique (de mots ou de notes ou des deux). Donc l'Audiovisuel public se lamente. On va l'asphyxier (c'est vraisemblable), le placer sous la férule du pouvoir d'Etat (ça en prend le chemin), le réduire comme peau de chagrin (c'est déjà en route). Que faire ? Gueuler, manifester, se mettre en grève ? Degré zéro d'efficacité. Seule issue: inventer une télévision débarrassée de tout le bling bling adopté ces dernières décennies pour singer la putasserie de sa rivale du privée et, dans une nouvelle ascèse, imposée sinon choisie, retrouver l'énergie et l'inventivité de ses débuts, quand les créateurs ne couraient pas le cachet mirobolant mais cherchaient et trouvaient les formules d'une communication qui s'imaginait en marchant. Il n'y a pas à regretter que le service public n'ait plus les moyens de faire comme les autres. Il pourra enfin se dédouaner de cette dictature du plus grand nombre et fabriquer pour des publics plus confidentiels des bijoux artisanaux en puisant dans le vivier de jeunes créatifs trop heureux de faire leurs armes pour des salaires raisonnables. Qui sait si ce n'est pas le meilleur moyen de siphonner l'audience des vénales. Les types qui seront nommés à la tête de ces vénérables entreprises de télévision et de radio le seront sans doute pour leur capacité à pratiquer le sabotage du génie et la mise au placard des talents. Pourtant, que pourrait un seul individu si la résistance des autres s'organise dans la vigilance et la solidarité ? Il n'y a de servitude que volontaire. Et pour ceux que l'austérité financière défrise, il faut rappeler un principe de réalité que nos aboyeurs ordinaires occultent, nous sommes entrés en récession et ne survivront que ceux qui auront adopté les principes de la frugalité heureuse et sauront faire mieux avec moins. C'est notre nouveau challenge. L'Audiovisuel et la liberté d'expression sont menacés ? Résistons ! Ce que j'en dis, c'est pour rendre sercice.... parce que moi la télé, je lui préfère les mots, les notes ou les deux à la fois. (Publié le vendredi 5 décembre 2008)

Et pour vous offrir de l'image distrayante, un petit lien capté chez Manu, (grosse flemme lui aussi) dans un com de Dahu l'Arthropode dit Rodolphe. qui, lui, renouvelle régulièrement (tous les dimanches) l'eau de son bénitier.
Enfin une mine de videos antisarkos ho ho !

Photo Sarkoguignolade ZL

mardi 11 août 2009

Le Banquet. Moisson d'arguties à déguster.

Un matin, je m'équipais de chaussures adéquates, d'une gourde (que je remplis et oubliais) de mon appareil photo (qui tomba en panne de batterie dès le premier cliché) et j'allai rejoindre un petit groupe qui, sous la houlette de Patrick Valette guide volontaire de randonnées pédestres, se rendait sur la commune de Mayronnes à la découverte du sentier sculpturel.


Une association la bien nommée Hérésies a eu l'idée de passer commande auprès de sculpteurs pour jalonner un sentier qui domine la vallée de Mardouneille. On a le choix entre un circuit court dit des "permanents" et un plus long qui accueille chaque année de nouveaux créateurs. Patrick Valette nous montre au passage les plantes de la Garrigue et la distinction entre le genévrier commun et le genévrier cade, arbres de taillis et de futaie. Nous écrasons entre nos doigts des santolines ou des sauges et nous parlons du Banquet et de livres en général. Ou nous nous taisons en grimpant, sous le soleil, ce jour là intermittent, donc plus propice pour une marche d'environ trois heures.


Cette année, l'ambiance du Banquet était plombée par l'absence de son initiateur Gérard Bobillier dit Bob pour cause de crabe récidivant. Le directeur (avec Colette Olive) des Editions Verdier qui sont à l'initiative en partenariat avec la librairie Ombres Blanches de Toulouse de ce rendez-vous annuel définit dans un entretien la ligne éditoriale de son équipe de la façon suivante : "des textes où la promesse de la langue ne s'énonce jamais qu'en tension avec celle de la conscience".
Il n'y a rien d'étonnant à retrouver dans la programmation du Banquet beaucoup d'anciens de la Gauche Prolétarienne, puisque l'aventure éditoriale a été la façon de se reconvertir de ces militants qui renonçaient au jusqu'auboutisme révolutionnaire dont les résultats sont bien connus en Allemagne (Fraction armée rouge) et en Italie (les Brigades Rouges).
Un ancien de la GP justement, c'est Olivier Rolin (lire sur ce sujet
Tigre de papier). Il a succédé sur l'estrade à quelques jeunots qui ont pour vocation de dépoussiérer le musée des idées reçues en direct des vieilles bibles révolutionnaires (je vous épargne le listing). Sans compter que nous avions le fiston de Beni Lévy soi même (je me suis enfuie au bout de dix minutes de prechi precha).
Jean Pierre Martin, point tout jeune, beau visage, ayant bravement mis en pratique l'enrôlement à l'usine du temps où c'était considéré comme la seule façon de faire avancer
la cause du peuple, désormais universitaire à Lyon II ( bourrée de séditieux cette fac) nous a entretenus de l'insularité de l'écrivain. Entendez la nécessaire solitude.
"La philosophie du dégagement s'opposerait à la dictature morale de l'engagement". Sartre professait, surtout lorsque Beni
Lévy lui eut mis le grappin dessus, l'obligation d'engagement (qui lui avait un peu fait défaut à certaines périodes). BL aurait même demandé à Sartre d'abandonner son Flaubert ! Il n'a heureusement pas obtempéré. Sartre disant de Merleau Ponty "il est exilé dans le gaz pauvre de la solitude" . Le summum de cette démarche d'insularité : Orwell qui cherche un endroit absolument à l'écart pour écrire 1984. Ce sera l'ile de Jura en Ecosse.
Le même Orwell dit d'ailleurs "les intellectuels sont plus portés que les gens ordinaires au totalitarisme" et Michaux "qui chante en groupe mettra quand on lui demandera son frère en prison".
Olivier Rolin, enfin! Un propos sans ampoules, une adresse directe et sans affêteries. La puissance politique de la littérature c'est qu'elle donne les moyens de la liberté. Ne pas attendre de l'écrivain des vérités mais des sincérités. Choisir quant à lui de s'éloigner des certitudes pour entrer dans le domaine des incertitudes. Rolin cite abondamment. Barthes "le roman est un discours sans arrogance, il ne m'intimide pas" . Dostoievski : Don Quichotte est beau parce qu'il est ridicule.
Vie et destin de Vassili Grossman, le roman du XXème siècle.
Quand la politique range, le roman dérange, le discours politique ignore la moirure l'irisation. La suite des temps transforme toute oeuvre et tout homme en fragments. Et Rolin de suggérer une "théorie des ruines" qui consisterait à repérer pour chacun ce qu'il a gardé en souvenir des livres (ou des films pensai-je) qui ont jalonné son existence.
Dans la soirée, nous avons sur cette accroche devisé un long (mais trop court) moment, un verre de vin en main, puis sur Buenos Aires (que connaissait bien une banquetteuse "tanguerra" qui partageait notre table), puis sur Bacou, sa dernière escapade où il est allé vérifier si oui ou non sa mort annoncée dans un de ses livres pour 2009 à Bacou (Azerbaïdjan) l'y attendait. Après un mois passé sur place sans qu'elle se manifeste, il a suffisamment de matériaux pour son nouveau
projet.
Olivier Rolin

Dois-je souligner combien l'homme a
près l'écrivain -que je fréquente depuis plusieurs années- m'a séduite.
Je lis "Un chasseur de lions" avec en arrière plan, la barbe mal rasée, le cheveu dru, hirsute et le regard vif et amical d'O.R. Vive la Métis du roman. (bis repetita pour le lien)

Photos. Merci à Myriam qui m'a généreusement proposé de prendre des photos pendant la marche puisque mon appareil avait flanché.
Photo
Olivier Rolin



samedi 8 août 2009

Le Banquet. Bribes de soliloques en partage.

Je suis de retour, j'en conviens.
Assez peu satisfaite de mes glaneries photographiques, c'est fou ce que c'est flou !
Aussi vais-je vous resservir l'arbre du cloitre pris sous un angle un peu différent certes, mais enfin guère une découverte. Quelle beauté cependant, reconnaissez.


Cette année, les murs de Lagrasse étaient couverts de photographies à la gloire des habitants actifs de cette petite commune, réalisées par un certain Idriss Bigougilles. J'ai photographié celle-ci pour la dame qui trône au milieu des oeuvres qu'elle expose et la citation de Paul Klee " L'Art ne reproduit pas le visible, il rend visible"



http://www.lagrasse.com/images/IMAGES_MONVILLAGEENIMAGES/D_Bouthinon_LOW2.jpg
et j'ai capturé sur le site cette très délicate mise en scène des mains du modeleur de terre.



Un des rituels était la leçon de philosophie (tous les jours de 11h30 à 13h) de la charmante et très érudite Françoise Valon qui chaque année entreprend de nous mieux faire connaître la pensée de Platon, dépouillée des scories aristotéliciennes qui auraient déformé voire dénaturé l'essence des grands textes platoniciens. Cette année, eu égard au titre même du Banquet 2009 (pour rappel : "Au delà du tout politique"), Françoise nous a proposé "Le Sophiste" (De l'être) où l'on apprend que les ombres de la caverne sont celles des marionnettes agitées par les Sophistes dont tout l'art consiste à nous faire prendre pour vrai le vraisemblable qui n'est cependant que du fantasme ou de la fantaisie, ou de la fantasmagorie et en tout cas toute chose qui n'engage pas celui qui la fait miroiter aux yeux des incrédules, car le Sophiste ne se préoccupe que de complaire à son public cible, sans souci et dans l'inconséquence de ses propos (pardon Françoise de ce raccourci lapidaire). Quelle est la raison d'une telle conduite ? Le pouvoir pardine!


Ne l'avais-je pas dit ? Si cette photo n'était pas si sombre et si je n'étais pas si loin de l'estrade vous auriez pu apercevoir les traits de Patrick Boucheron qui après avoir disserté l'après-midi sur "Le tranchant de la défaite: variations sur Machiavel ou comment toute pensée politique ne jaillit que du temps qui succède à l'échec, lit, accompagné de Mélanie Traversier, sous la lampe alors que l'assemblée est plongée dans une pénombre éventuellement assoupissante, des textes croisés de Léonard de Vinci et de Machiavel.



Ce monsieur qui semble se régaler d'apposer quelques mots sur une page c'est Pierre Michon. Je lui ai trouvé très bonne mine cette année. Apparemment, son succès (critiques et ventes) dépasse ses espérances et cet écrivain plutôt "confidentiel", selon le terme usuel, semblait fort épanoui d'être passé dans la catégorie "best seller" . La lecture dans les conditions décrites ci-dessus était très impressionnante. D'abord par les extraits du texte qui font apparaitre les onze membre du Comité de Salut public, responsables des décisions d'assassinat au temps de la terreur comme autant d'artistes (écrivains, poètes, peintres) déchus. Surtout par la voix de Michon proche d'un acteur comme Cluny, profonde, chargée d'une emphase à peine atténuée par un soupçon de désinvolture bravache. Après quoi, après une longue salve d'applaudissements, Michon s'assoit et signe, un très joli et très doux sourire aux lèvres.

Le moment fort, pour moi, était la rencontre d'Olivier Rolin, mais j'y reviendrai plus longuement. Pour l'instant vous pouvez lire à quelques mots près (ceux de circonstance ajoutés dans l'ici et maintenant du lieu) l'essentiel de son propos sur "La métis du roman", Olivier Rolin ayant travaillé pour le Nouvel Obs, son texte y trouve naturellement un espace de rayonnement.

Il y a eu enregistrement de toutes les conférences, on devrait les trouver sur le site du Banquet, mais ce n'est pas encore en ligne semble-t-il.

Je reviendrai sur quelques autres temps forts et quelques notations personnelles.
That's all for today