
Alors que je débutais ce blog j'avais posté ceci, que j'ai retiré par la suite et je dirai pourquoi
Te rappelles tu, cet homme au regard de rapace, si fier, si beau ?
Ce copain de bohème des années du Marais ?
Ce fou de vie qui se retrouva enfermé pour 3 ans ?
Tape sur Google : R.J.
Tristesse.
N.
J'ai tapé. Je suis arrivée directement sur la liste 2007 des morts de la rue. Il y apparaissait, mort le 22/01/2007, Paris 13. J'ai tapé d'autres noms dont je n'ai plus de nouvelles, puisque les hommes fiers et beaux à vingt ans peuvent mourir seuls, dans la rue, comme lui en ce mois de janvier où j'ai failli moi-même mourir. Ils seront accompagnés pour leur dernier voyage par ces hommes et femmes (Collectif des morts de la rue) déterminés - qu'ils en soient remerciés- à leur manifester une dernière fois leur appartenance à cette espèce qui se distingue de ses compagnons mammifères par le langage et le rituel funéraire. Ce mort là m'obsède. Ainsi nous avons été proches d'hommes et de femmes qui mourront seuls et abandonnés et nous, ne le saurons que parce que cet outil invraisemblable, Google, est capable de repérer dans une liste leur nom que des humains compassionnels auront noté à cette fin, nous alerter. Mais il y a dans cette liste des dates de mort avec comme seule trace de celui là qui est parti, X homme, environ 50 ans, 28 / 01/ 2007 Paris 15. Comment en arrive-t-on à ne même plus avoir de nom ? Pas de papiers, perdus ou volés et non renouvelés, jamais obtenus ? Plus de famille, plus d'amis ? Errance subie ou choisie et dégénérant peu à peu ? Rebelle, peu enclin à la courbure de l'échine, on refuse la bride sur le cou. Mais la ville est la pire des jungles où survivre. Ou bien de chômage en RMI, on ne peut plus s'assurer un couvert. Pour R., il n'y avait aucune fatalité. C'était un homme intelligent, possédant les moyens de se créer une niche de survie. Quelle fatale déréliction l'a conduit à cette mort solitaire ? Nous ne saurons probablement jamais.
Quelques semaines plus tard j'ai remarqué un commentaire qui était resté en souffrance (c'est le cas de le dire). On me demandait de prendre contact d'urgence, un numéro de téléphone et un mail étant joint.
J'appris ainsi que le frère de cet ami avait eu connaissance de la mort de R. par le biais de Gougueule, qu'il avait trouvé mon épitaphe par la même voie et il me demandait de retirer mon texte. R. s'était brouillé avec sa famille, sa mère ne savait rien de la mort de ce fils ainé, elle était cardiaque et risquait de tomber sur l'information par hasard. R. est mort dans son camion, dans un garage qu'il louait, c'est la propriétaire qui l'a découvert. Mort de quoi ? On ne sait. Il n'y a pas d'enquête pour ceux que personne ne réclame. J'ai donc retiré mon texte, assez bouleversée par ma conversation avec cet homme que j'avais croisé une ou deux fois quand je fréquentais R.
Pourquoi je remets en circulation ce billet (en l'anonymisant cette fois) ? Parce que j'ai lu aujourd'hui que depuis le début 2009, au moins 205 SDF sont morts. le 25 novembre, le collectif Les Morts de la rue rendra hommage à ces soldats tombés au front de la misère. La cérémonie aura lieu Place du Palais Royal à Paris.
Je n'ai pu publier "épitaphe à RJ" ce sera donc une épitaphe collective répertoriée comme anonyme Nous avons trop aimé les étoiles, pour avoir peur de la nuit.
Le collectif des morts de la rue
Illus L'homme de demain. Paul Klee 1933







