dimanche 11 avril 2021

Chronique d'une semaine ordinaire 6

lundi 5 avril

Commençons avec l'anniversiare fêté ce 5 avril du manifeste des 343, une pétition parue le 5 avril 1971 dans le no 334 du magazine Le Nouvel Observateur, appelant à la légalisation de l'avortement. L'humour de Cabu a fait florès et je l'ai détesté d'emblée. Bien-sûr Cabu n'était sans doute pas phallocrate quoi que Charlie Hebdo ne se privait pas de "mains au cul" et autres gauloiseries qui me hérissaient un peu, beaucoup, absolument parfois.

Rappelons pour mémoire le texte de Simone de Beauvoir, en ces temps où le droit à l'avortement est menacé dans nos belles démocraties qui virent de plus en plus au brun. En Europe, il a regressé en Pologne, en Hongrie, il a été reconnu tout dernièrement en Irlande ce qui ne veut pas dire qu'il soit accessible.

« Un million de femmes se font avorter chaque année en France.
Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples.
On fait le silence sur ces millions de femmes.
Je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté.
De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre. »  

Pour moi c'est le manifeste des 343 courageuses comme le sont toutes les femmes qui se mettent en danger pour faire avancer la cause commune. Une autre Simone (Veil) a affronté les pires avanies (décembre 1974, janvier 1975) pour  faire adopter par l'Assemblée la loi autorisant l'avortement pendant les 12 premières semaines d'aménorrhée. Comme l'a rappelé Simone Veil, l'avortement est un drame pour une femme, mais garder un enfant quand on ne le souhaite pas en est un autre. Liberté pour le corps des femmes! 

mardi 6 avril

Deux visio, l'une pour discuter de l'accueil d'une jeune stagiaire, l'autre pour animer un atelier dans une réunion consacrée à l'implication des jeunes dans l'économie solidaire. Réjouissant.

J'ai repéré sur le bon coin une petite maison qui me conviendrait parfaitement . Je vais explorer ses alentours et constater que son petit jardin est touffu. Cela alimente ma rêverie du soir

mercredi 7 avril

Revue des derniers détails du film en cours de réalisation avant de passer du draft à la copie définitive. L'occasion pour moi de travailler avec mon fils dont c'est le métier.

Longue promenade en vélo. Je repasse devant la petite maison. J'ai décidément très envie d'explorer cette piste.

jeudi 8 avril

la RECMA fête ses 100 ans. J'ai été invitée à participer au petit groupe d'organisation d'évènements qui devraient scander toute l'année l'anniversaire de cette vieille dame digne et pétulante. Visio donc.

L'agence qui a mis en vente la petite maison m'apprend qu'elle est louée à des personnes sous tutelle, indélogeables donc. Fin de ma rêverie.

Je décide de partir à pied explorer les alentours et notamment le lac de Bellevue un des lieux privilégiés de Lisle sur Tarn. Dix minutes de marche et m'y voilà, je ne suis pas déçue, qu'on en juge.

 

 
On peut se reposer sur ces gros blocs solides et bien intégrés...
 

pour observer cette bestiole nageant allègrement 

ou les eaux calmes et soyeuses.

ou ici une joyeuse partie de pétanque.


Sur le chemin du retour se réjouir qu'il existe encore des boutiques qui n'ont pas jugé utile d'adopter le clinquant de nos temps dispendieux




vendredi 9 avril

Val vient déjeuner avec moi. Elle me restitue la bande dessinée de Pénélope Bagieu "Culottées, Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent", une revue des femmes qui ont osé braver les interdits infligés au "beau sexe". Plaisir du partage.

L'après-midi, je dois faire visiter la maison aux deux mandatées conviées par mon partenaire (en son absence, bien-sûr !). Elles ne tarissent pas d'exclamations élogieuses sur le lieu mais me signifient que mon plan de sauvegarde d'un partie du terrain est peu plausible. Les acheteurs potentiels voudront tout ou rien.

S'en suit une grande morosité quand je me retrouve seule. Heureusement j'ai emmené avec moi le petit opus concocté par Chloé Delaume. Elle a invité quelques unes des femmes qu'elle aime à rédiger des textes sur le thème de la sororité, un terme ancien, tombé en désuétude et que Chloé et d'autres veulent réhabiliter et mieux encore promouvoir auprès des femmes, comme moyen de mener à bien le combat contre toutes les apories du patriarcat.  

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samedi 10 avril,

Je fais le marché pour recevoir à déjeuner ma fille et son compagnon, ma chère amie Rita, sa fille et sa petite fille. Elles se connaissent de longue date mais ne s'étaient pas revues depuis quelque temps. La petite Zélie est remarquablement vive et drôle. Nous passons un bon moment à visiter le jardin, cueillir du lilas et des branches d'oranger du Mexique qu'elles emporteront ainsi que plusieurs plantes en pots que je leur confie puisque je ne peux espérer m'en occuper pour quelque temps.

Morosité après leur départ. Merci Chloé pour ces morceaux de courage agrégés dans ce petit livre.

dimanche 11 avril,

Je remplis la gamelle des chats qui me regardent charger avec désapprobation ma voiture de quelques bricoles supplémentaires. Je ne sais pas encore combien de jours ils risquent de se retrouver seuls. Je leur ai fait une grosse provision de calins.

Le dimanche, il y a le marché à Lisle. J'ai la très belle surprise d'y rencontrer deux amies. L'une vient d'y emménager avec 4 autres dans une colocation au bord du Tarn. L'autre rend visite à sa compagne tous les week ends (nous avons travaillé ensemble à l'université). Nous allons t'inviter à déjeuner promettent-elles. Allons, tout cela se met en place.

 

dimanche 4 avril 2021

Chronique d'une semaine ordinaire 5

Voilà, c'est fait, je suis installée. Enfin,disons que j'ai réparti le contenu des cartons. Il reste encore à faire pour peaufiner la mise en place...

Lundi 28 : mon fiston a fait la réservation de l'utilitaire sur un site qui s'appelle get around, met en contact des particuliers : les uns louent leur véhicule, les autres les utilisent, l'intermédiaire permet d'éviter les arnaques (mais perçoit une commission au passage). Evidemment avec de jeunes bras à la rescousse (ma fille et son chéri sont de la partie) l'affaire est rondement menée. Ma fille reste sur place et m'accompagne pour cette première nuit et nous parlons d'une potentielle vente de la maison qui a été celle de son enfance et c'est douloureux, pour elle et pour moi.

Mardi 29 : Echographie de la thyroïde. Rien à signaler. Ouf! 

Mercredi 30 : deuxième épisode de déménagement. Cette fois je suis seule et je charrie mes cartons jusqu'au premier étage en méditant sur l'essentiel et l'inutile. 

Jeudi 1 : je m'offre le luxe des croissants que je vais chercher à une minute à pied. Un symbole, parce que les croissants ne sont pas exactement le menu ajusté à ma diététique habituelle. 

Plus tard, je me coltine la découverte de la cuisson par induction. Je m'acharne tellement sur la plaque qui résiste à mes injonctions que je la bloque, elle ne veut plus rien savoir. Je découvre, sur la place toute proche, les plats à emporter (pas fameux en l'occurrence.) J'appelle à mon secours la jeune femme de l'agence qui, après consultation sur internet, vient réparer mes bétises : il faut traiter cette chose avec précision et en douceur. 

On aurait souhaité que l'annonce d'un nouveau confinement soit un poisson d'avril. Hélas, nous repartons pour un mois de rareté ! Nous en avons tous marre mais nous obéissons bien gentiment. Misère!

Vendredi 2: je dresse avec B. le sommaire de l'ouvrage que nous projetons de publier en 2022. 

Samedi 3 : Je repars pour un troisième tour. Au passage, je m'arrête au marché. Le marché de Lavaur est un des plus fournis de la région. J'y retrouve quelques ami.e.s à qui j'apprend ma translation. L'une d'elles s'exclame : ah! vraiment ? Moi je souhaite tout l'inverse, repartir à la campagne, pour ouvrir le matin ma fenêtre et voir au loin, élargir mon horizon. Sa remarque fait un peu vaciller ma détermination. 

Je retrouve mes chats chez qui je ne peux m'empêcher de détecter un rien de rancune

Je trie, élimine, conserve en écoutant de vieux vinyles qui resteront sur place, en particulier Ella Fitzgerald, un morceau de pur ska que je ne parviens pas à retrouver ailleurs que sur ce vieux disque qui gratte un peu mais quel plaisir!
Dimanche 4 : ce matin je charge à nouveau ma voiture. Avant de partir je prend quelques photos du verger au plus fort de sa floraison. L'après-midi en promenade dans le village, je confirme mon choix. Ce soir, j'ai enfin une connexion qui fonctionne, juste à temps pour rédiger ces quelques lignes avant d'aller me reposer. J'en ai vraiment besoin.