dimanche 1 novembre 2020

Un monde de dingue

 

 

La lumière d'automne adoucit le confinement (Photo ZL)

 Je participe à une liste où se sont échangés des invectives enflammées à propos des événements récents. Chacun y va de son analyse. Je réagis rarement . Mais je trouvais les propos très guerriers comme d'habitude et ça m'a incité à réagir, pour une fois. Je le reproduis ci-dessous

Il me semble qu’une fois encore nous participons à la frénésie générale qui s’empare d’un acte odieux, certes, mais analysé uniquement par le prisme de cette idée de guerre larvée entre les Français de souche » (je récuse la pertinence d’un terme largement pollué par ceux qui à l’extrême droite l’ont popularisé) et la « communauté » musulmane (comme si tous les Musulmans se revendiquaient membres d’une telle communauté.  Il y a beaucoup de gens nés dans une famille dite musulmane qui sont aussi laïques que moi qui suis née dans une famille chrétienne. Ils sont fatigués qu’on leur demande de renier les leurs parce que l’un d’eux, pas même français d’ailleurs en l’occurrence, a assassiné un homme au prétexte qu’il aurait une fois de plus bafoué le Prophète. Depuis la nuit des temps il existe des assassins parmi les hommes qui trouvent pour justifier leur penchant délétère des arguments tous plus fallacieux les uns que les autres.

Appartenant à la « communauté »  des femmes je suis navrée que l’espèce soit disant si évoluée n’ait toujours pas éradiqué cette pulsion. Je déplore qu’elle s’exerce tous les jours sur des femmes (une tous les trois jours meurt sous les coups d’un mâle stupide), sur les enfants soit par meurtre ou violence ayant entraîné la mort. Les victimes ne sont pas des « héros «  qui auraient bravé les foudres islamistes, juste des innocents et par ailleurs tous les hommes ne sont pas des mâles infréquentables

On a beaucoup conspué la famille Traoré, les diverses officines de défense des racisés. Je ne vais pas les défendre ici, je serai assimilée à une islamogauchiste, un mot valise parfaitement imbécile repris à l’envi. Je voudrais simplement mettre en regard la liste des jeunes « bronzés » qui se font dézinguer en toute impunité et depuis des années. Qu’ils cultivent un certain ressentiment n’est pas vraiment étonnant. Et encore le meurtre n’est-il que la manifestation la plus grossière de la discrimination à leur encontre. Ca n’excuse pas mais ça explique. Ce qui est réconfortant c’est qu’en dépit de cette » guerre rampante » qui règne dans certains quartiers, de toutes les chicanes que rencontrent les habitants de ces ghettos, la paix sociale est à peu près maintenue malgré les discours haineux déversés par tombereaux dans des média qui ont pignon sur rue et une audience qui y trouve matière à nourrir ses propres ressentiments.  Jusqu’à quand ? Là est la question.

Nous semons la guerre à tort et à travers et nous offusquons de prendre quelques horions. Actuellement Total est en train d’expulser plus de 100 000 personnes de leurs terres en Ouganda pour y installer un énorme oléoduc. Si quelque Ougandais, pète un câble et assassine  un ingénieur, on criera au scandale.

Après le drame de Conflans qui a donné au  professeur un statut de héros, la surabondance des réactions va-t’en guerre  est la preuve même que nous ne sommes absolument pas mobilisés pour les bons motifs et personne ou presque n’a osé  remisé ce drame au rang de tous les dérangements mentaux qui arment  le bras des meurtriers. On refuse comme thèses complotistes la mise à l’index des grands ploutocrates comme les démiurges qui nous pompent l’énergie pour la déverser dans leurs comptes off shore, mais on veut nous persuader qu’à partir de leurs états majors, une poignée de psychopathes menacent nos démocraties. Nos démocraties sont surtout malades des guerres de pouvoir entre égos démesurés, de l’avidité d’une poignée de ploutocrates, de l’hubris généralisé au détriment des grands équilibres vitaux, de l’inféodation des femmes et des peuples autochtones, de la disparition de nos grands principes républicains dont la laïcité mais surtout la justice sociale et la fraternité. Bref beaucoup de causes plus sérieuses qui seront ignorées dans notre bel hexagone au profit de la chasse aux « radicalisés ».

Depuis, un cinglé "génération identitaire" a été flingué alors qu'il tentait d'assassiner un commerçant arabe à Avignon. A Nice nouvel épisode meurtrier. A Lyon c'est un prètre orthodoxe qui était visé.  Au secours ! Les fous courent en toute liberté pendant que nous sommes confinés une nouvelle fois. 

Difficile de rester sereine et gaie n'est-ce pas. 

Heureusement il  reste les livres et comme j'en ai encore beaucoup sur mes étagères qui attendent sagement leur tour, je ne serai pas en manque en dépit de cette décision absurde de fermer les librairies qui provoque une bronca inédite. Je lis actuellement un livre que je ne saurai trop conseiller.

 


 

A la fois très documenté, nourri de philosophie, de références historiques et littérataires, un encouragement à prendre le temps de vivre, . En réaction à une modernité toujours plus aliénante, l'auteur britannique nous propose un authentique traité du plaisir. 24 chapitres, un pour chaque heure de la journée, où s'élabore une véritable contre-hygiène de vie, aux antipodes des habitudes de labeur et de consommation des sociétés occidentales.   

 Un traité hédoniste bienvenu en ces temps de morosite. 

 

jeudi 15 octobre 2020

Sonate d'automne




« Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, ou, comme dit Virilio, d’administrer et d’organiser nos petites terreurs intimes. La longue plainte universelle qu’est la vie … On a beau dire « dansons », on est pas bien gai. On a beau dire « quel malheur la mort », il aurait fallu vivre pour avoir quelque chose à perdre. Les malades, de l’âme autant que du corps, ne nous lâcheront pas, vampires, tant qu’ils ne nous auront pas communiqué leur névrose et leur angoisse, leur castration bien-aimée, le ressentiment contre la vie, l’immonde contagion. Tout est affaire de sang. Ce n’est pas facile d’être un homme libre : fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d’agir, s’affecter de joie, multiplier les affects qui expriment un maximum d’affirmation. Faire du corps une puissance qui ne se réduit pas à l’organisme, faire de la pensée une puissance qui ne se réduit pas à la conscience. »
Gilles Deleuze. Dialogues avec Claire Parnet Paris, éditions Flammarion, 1977
 
Que dirait-il de plus actuellement ? 
Au prétexte de nous sauver du Covid, nos marionnettistes nous enferment chez nous où nous ne pouvons plus recevoir que six personnes (pourquoi six et non zéro tant qu'à faire), à condition de leur offrir le gite si par malheur les agapes durent au-delà de la permission. Toute infraction plus lourdement punie qu'un détournement de fonds publics si on examine les péripéties de certains fauteurs de trouble en la matière de ces dernières années. Il s'agit bien de nous préparer à obéir docilement à leurs injonctions incohérentes. Alors qu'on ne sait pas grand chose de cette épidémie notre leader maximo pronostique qu'elle va durer jusqu'à l'été 2021. Coucouche panier les énervés, laissez nous continuer tranquillement à démembrer ce qu'il reste de l'état social, qu'on établisse une fois pour toute une oligarchie triomphante qui s'alimente gloutonnement avec les larves que vous serez bientôt tous devenus.  Avec les moyens numériques vous êtes entre nos mains de toute façon.
 
Bon, je l'avoue, je ne suis pas bien gaie, ça doit être cette pluie incessante et l'entrée dans l'hiver. 
Allez donnons nous du courage en convoquant les courageuses.