Affichage des articles dont le libellé est spectacle vivant. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est spectacle vivant. Afficher tous les articles

dimanche 17 mai 2026

Ode aux créateurs de beauté

 Chaque jour, on apprend que dans certaines municipalités un festival, un carnaval, un théâtre est menacé. Ainsi à Toulouse le Grand Rond devra fermer ses portes faute de soutien de la Mairie, le Carnaval de Lisle sur Tarn est "reporté " en automne. Rues d'été ne plait pas au nouveau maire "il donnerait une mauvaise image de la ville". Heureusement la nouvelle municipalité se doit de respecter la convention trisannuelle signée par la précédente, ce qui donne un sursis à ce très sympathique événement porté par des bénévoles qui draine un large public au-delà de la seule ville de Graulhet. Ce ne sont que quelques exemples des foudres qui s'abattent sur les manifestations culturelles avec l'arrivée ou le durcissement de la Droite aux manettes. A chaque fois un argument fallacieux remplace la raison véritable : faire taire des séditieux qui dérangent le silence assourdissant des pantoufles.

Le racornissement des financements touche très fortement le spectacle vivant en particulier les compagnies modestes de danse, de théâtre ou de cirque, celles qui assurent l'animation culturelle du milieu rural, des quartiers suburbains  On parle d’un arrêt d’un tiers des compagnies de danse, un tiers également de cessations d’activités de troupes de théâtre (chiffres des organisations professionnelles), de formations musicales (effondrement en Bretagne, en Occitanie), des cirques ou festivals qui se sont cet été dépensés sans compter. Libre journal.

L'UNESCO alerte : "La culture est menacée,  les conflits armés, le terrorisme (et la menace du terrorisme) et la violence dans chaque région mondiale sont couplés à la crise climatique et à la capacité réduite des gouvernements et de la société civile à agir." L'organisation insiste sur le rôle essentiel de la culture pour permettre la réconciliation et la paix. 

Malgré ces  vents mauvais les artistes résistent. Ainsi cet événement qui mêlait exposition, conférence, théâtre et joyeuse mise au feu du Karneval. 




  



 





Hélas, ces spectacles pourtant excellents n'ont pas rencontré suffisamment de public pour se financer et les artistes ont tous travaillé bénévolement.

Autre moment, autre culture. Je suis allée à Paris pour me rendre à un séminaire. Je m'étais ménagé quelques jours libres que j'ai mis à profit pour aller à la rencontre de Sebastiào Salgado dont l'exposition hommage  à l'Hôtel de Ville est extraordinaire. Outre les photos connues telles que celles des mineurs de la mine d'or de Serra Pelada au Brésil (1986), il y a celles réalisées à Paris, ville d'élection pour ce Brésilien qui a arpenté la terre entière. On découvre également la forêt reconstituée au sein des terres dégradées de l'Etat de Minas Gerais où se niche désormais l'Instituto Terra  dédié à la restauration écosystémique, de la biodiversité, du sol, des ressources hydriques. L'exposition se conclue par la  présentation de peintures  de Rodrigo, le fils atteint de trisomie, aux couleurs éclatantes. 

Une photo parmi celles qui ont retenu mon attention et son commentaire.




 
Je crains que ce ne soit une situation répandue désormais.

Calder à la Fondation Louis Vuitton avec ce beau titre Rêver en équilibre. L'expo débute par ce film où le vieil enfant fait jouer son mini cirque devant un parterre riant aux éclats. Toute l'habileté du créateur, l'humour et la performance des petits mécanismes qui réussissent parfaitement les sauts périlleux des trapézistes ou des cavaliers. Voir le teaser sur le site de la Fondation avec un commentaire de son ami Jacques Prévert.

Les illustrations suivantes sont choisies à dessein comme moins connues du travail de Calder


Joséphine Baker



Calder dans son atelier

Je me suis promenée ensuite dans le Jardin d'acclimatation où est situé le bâtiment invraisemblable créé par l'architecte Frank Gehry. Citons wikipédia à ce sujet La multiplication importante du coût initialement prévu pour la construction du bâtiment, coût qui fait l'objet de déductions fiscales (à hauteur des trois quarts des dépenses), entraîne un dépôt de plainte de la part d'une association anti-corruption en  contre la fondation Louis-Vuitton et le groupe LVMH pour escroquerie, recel de fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. La plainte est classée sans suite en . 

  


Quant au jardin d'acclimatation, il est truffé de jeux bruyants et de boutiques. Je ne m'y suis pas attardée, sauf pour admirer un céanothe 


Le jardin m'a donné envie d'aller à Giverny. Alors que j'ai vécu 25 ans à Paris, je n'étais jamais allée visiter ce jardin mythique. Je n'ai pas été déçue. Les bords de l'étang sont somptueux, même si ce n'était pas la saison des nymphéas, ni des roses. Et il était possible d'échapper un peu à la foule. 




Beaucoup de tulipes de toutes sortes

le même arbre que sur ma colline mais beaucoup mieux taillé

J'étais moins à l'aise dans la maison. Une queue invraisemblable pour y accéder et l'impression de violer l'intimité du grand peintre. beaucoup de tableaux d'amis dont quelques Renoir "vie de famille". Beaucoup d'estampes d'Hokusai et Hiroshige, d'autres moins connus.
La cuisine est à la fin du parcours avec cette superbe cuisinière 






Merci monsieur Monnet pour toute cette beauté en partage dont il est impossible de donner la mesure dans ce billet déjà trop long. Voir ici un peu d'histoire de ce jardin  et quelques uns des tableaux qu'il a inspiré à celui qu'il l'a conçu ainsi que le travail de restauration après plusieurs années d'abandon.

Terminons ce billet trop long, je l'ai dit, par la dernière exposition qui a occupé mon quatrième jour, avant de rejoindre le séminaire. 
Au Louvre, Michel-Ange Rodin. Corps vivants. C'est en effet ce qui frappe en parcourant les allées où sont mis en lumière ces corps aux muscles glorieux saisis dans leurs mouvements dont certains improbables. La vie figée dans le marbre et pourtant vibrante.

Etreinte amoureuse ou viol ? 


  
Le regard extraordinaire de désespoir de ce bourgeois de Calais (étude préparatoire de Rodin )



Ce n'est pas mon propos de faire une présentation exhaustive de ces riches heures passées au contact de ces merveilles que des êtres humains ont forgées de leurs mains mais j'en suis toujours émue et impressionnée et ce blog me permet d'en garder une trace même imparfaite.

Avant de repartir, j'ai fait un tour dans les jardins du Palais Royal que je fréquentais souvent quand j'habitais à proximité. 

 Créer, c'est résister.

Photos ZL
 

mardi 24 mars 2026

Ne pas se laisser abattre

 

Heureusement que la culture nous permet d'échapper  à la totale déréliction dans laquelle le monde actuel nous plonge. Folie meurtrière au Moyen Orient et aux portes de l'Europe, sombre perspective des résultats des Municipales, en tout cas dans ma petite ville et ailleurs où le Rhaine engrange des records de votes et même si au final il n'emporte pas toutes les villes qu'il convoite le nombre des élus dans les conseils municipaux promet de sérieuses dérives. Chez moi, la gauche s'étant scindée en deux grâce à la propagande soigneusement orchestrée par ceux qui craignent pour leurs prébendes et autres conforts octroyés par un système qui  devient délirant et délétère, le choix s'est fait une fois encore contre et non pour.   C'est très pénible d'assister aux flots de haine déversé à jet continu dans les médias. Le dernière illustration en date est le traitement infligé au maire de Seine Saint Denis élu au premier tour sous l'étiquette des Insoumis. 

Seul commentaire pour ma part, celui d'Alphonse Daudet

   La colère des faibles du ciboulot et des rétrécis du cœur.

Ces jours-ci j'ai assisté à l'une des dernières représentations de la compagnie sans gravité dont j'ai reproduit ici le leitmotiv du spectacle "Le déluge" que je ne saurais mieux décrire qu'en vous invitant à visionner ce teaser et cet autre . C'est un régal d'absurdités intelligentes, de maitrise déguisée en maladresse avec en fond sonore une radio qui diffuse d'épouvantables nouvelles du monde scandées par ce discours lénifiant "ce n'est pas parce que la situation est désespérée qu'il faut se laisser abattre". On rit beaucoup des démêlés du clown jongleur avec ses astucieuses machines improbables et pourtant la réflexion de fond est bien la domination du désastre qui est figuré à la fin par le fameux déluge. 

Ironiquement les quatre jours de clôture de ce spectacle qui a tourné pendant dix ans s'intitulait :

Le spectacle était précédé d'une déambulation menant à une exposition de machines étranges jouant avec la lévitation des objets et la loufoquerie d'automates fabriqués à base d'objets insolites


Au nombre de mes dernières lectures "Mon refuge et mon orage". Je l'ai repéré dans ma chère librairie l'Autrucherie  avant que l'écrivaine ne soit invitée par Trapenard à La grande librairie


Je connaissais surtout l'activiste, la militante altermondialiste dont les prises de positions lui ont valu des moments passés en prison. Son livre en fait d'ailleurs état mais le coeur du livre est dédiée à la vie tumultueuse de sa mère qui ne lui a jamais prodigué l'amour qu'elle en espérait mais qui a consacré son énergie à l'éducation en créant une école dont les méthodes ont rallié de plus en plus de familles de sorte qu'elle a pu l'agrandir et la perfectionner en dépit des difficultés qu'elle a rencontrées. Un livre au final comme un hommage à la femme libre, volontaire qui a tracé son chemin dans une Inde très soumise au système de castes que Ms Roy (ainsi la nomme sa fille) n'a jamais accepté. La famille est issue de la communauté des chrétiens syriaques mais mère comme fille sont agnostiques et refusent délibérément d'obéir à l'étiquette des castes. Arundhati se tiendra auprès des révoltes des Dalits (intouchables) dans leurs combats pour sauver leurs terres de la spéculation des multinationales.  

Le printemps est là et je plante et replante. Très bon exercice pour échapper à la folie des hommes. Il me vient l'envie de créer un mouvement  et de l'appeler "Y'en a marre" comme celui des jeunes Sénégalais qui n'en pouvaient plus de leur gouvernement de vieillards autoritaires. Y'en a marre de la domination masculine qui s'exprime en ce moment à coups de bombes et de drones mortels. Non seulement ils tuent mais ils aggravent épouvantablement le réchauffement du climat et la pollution, tout en spéculant honteusement sur les prix du pétrole. Alors oui, y'en a marre! 

Heureusement grâce à l'amitié, on ne se laisse pas abattre     

Bouquet offert par ma voisine dont le jardin est orné d'un somptueux mimosa.