lundi 30 octobre 2017

La fin du mâle dominant ?


J'ai emprunté cette image à un article de Reporterre intitulé Violences sexuelles, violences à la terre, une même culture .
Lorène Lavocat y place en exergue cette citation du philosophe Francis Bacon « La nature est une femme publique. Nous devons la mater, pénétrer ses secrets et l’enchaîner selon nos désirs. »  
L'écoféminisme est un mouvement qui considère que le capitalisme repose sur trois piliers : la domination des femmes, l'exploitation des peuples colonisés et des ressources de la nature et qu'on doit lutter de concert contre le fléau de la domination patriarcale qui soumet femmes, peuples colonisés et nature à la seule volonté des hommes et de leur loi.
Ce n'est pas un hasard si la dénonciation des abus sexuels a un tel retentissement justement en ce moment. La prise de conscience que c'est tout un système qui doit être incriminé dont la violence faite aux femmes est un des phénomènes superlatifs d'une philosophie de la maîtrise masculine sur tous les domaines du vivant, dont la guerre,  le pillage et le viol ont été  les instruments depuis les siècles et les siècles
Les exactions commises dans un monde dont on croyait  les contours illimités sur une planète qui  comptait moins de  2 millions d'habitants au début du siècle précédent et en compte désormais 7,3 milliards sont  obsolètes, imbéciles et insupportables. La population de notre planète a été multipliée par 47 en 2500 ans en passant de 150 millions d'habitants à 7 milliards au début du XXIe siècle.
 demographie population mondiale

 L'antique pulsion de reproduction qui poussait les mâles à engrosser le plus grand nombre de femmes a trouvé son premier coup d'arrêt avec l'avènement de la contraception puis de l'autorisation de l'avortement, même si ce n'est pas encore établi dans le monde entier.  
Nous sortons de la préhistoire et les femmes libérées de la charge d'une famille pléthorique et accédant grâce à l'éducation à l'indépendance économique ne sont plus du tout disposées à subir la violence et le mépris dont elles étaient traditionnellement les cibles. Bien entendu, dans le camp des mâles contestés dans leur suprématie, ça renâcle. Quoi! On n'a plus le droit de mettre des mains aux fesses, de faire des réflexions fines sur les jolis nichons des pépettes qui passent à portée, on ne peut plus les soumettre au chantage pour leur sauter dessus en toute impunité !  Mais alors que va devenir la très fameuse "drague" (toujours détesté ce terme), comment faire savoir qu'une femme nous fait bander ? On va devoir passer par toutes ces lourdeurs : leur parler, les inviter à dîner, leur faire la cour, tous ces trucs qui prennent du temps,  sont si ringards, leur demander la permission quand on se servait sans vergogne, les femelles n'étant guère plus intelligentes qu'un barreau de chaise.
Je n'ai pas participé à la campagne "balance ton porc". Non que je n'aurais rien à dire la-dessus, j'ai eu mon lot comme beaucoup de mes consœurs, mais  je n'aime pas trop qu'on utilise des termes animaliers pour décrire des comportement humains contestables, je ne vois pas en quoi le porc, cet animal si utile, devrait être associé à la vulgarité et la bassesse de ces prédateurs. Et de surcroît j'ai un peu de mal à m'embarquer dans des débordements médiatisés. Je n'aime pas la foule qu'elle soit en chair et en os ou virtuelle.
Pourtant j'approuve cette explosion parce qu'elle est une catharsis nécessaire à une prise de conscience fondamentale : l'humanité se doit des précautions si elle veut perdurer sur une planète sérieusement entamée. Et il nous faut nous allier dans un effort d'intelligence collective qui passe par un respect mutuel entre toutes les forces du vivant. La planète ne se laisse plus détruire, elle démontre tous les jours que l'équilibre naturel se refera au détriment des minuscules scories que nous sommes, accrochés à ses flans. Et les hommes, qu'ils le veuillent ou non sont dépendants des femmes. Ils l'ont toujours été mais ont prétendu pendant des siècles qu'ils étaient les maîtres du monde. L'heure de l'humilité a sonné. Ce n'est pas de force percutante dont nous avons besoin mais d'intelligence et de toutes les intelligences  dont certaines font défaut à nos compères.
Je n'ai pas participé à la campagne (que j'approuve, je le répète) parce que ça fait longtemps que je travaille sur ces questions (par exemple  formations auprès des équipes accueillant des femmes victimes de violence et j'en entendais de bien corsées dans la bouche des gendarmes) et que j'ai établi des relations équilibrées avec un réseau d'hommes de bonne volonté , même si je les prend encore souvent  en flagrant délit de suffisance mâle, mais bon, je me prend aussi  en flagrant délit de féminitude pusillanime. Je veux parier sur les alliances après avoir bagarré.
Je remarque que les jeunes gens construisent -avec certaines difficultés certes - des ajustements affectifs plus harmonieux. C'est le déclin des vieux mâles dominants. Ils ruent et ragent mais c'est fini, la peur et la honte changent de camp et nous  allons,  enfin, assister à leur extinction et par là même à la fin de leurs ravages sur la planète.
Il faut y croire et continuer hardiment à oeuvrer dans ce sens. Et que la fête commence, sans eux!

Voir aussi  Joelle Palmieri Touche pas à mon porc, une morale
ZERO MACHO Insulter une femme ? Frapper une femme ? Violer une femme ?
C’est nous, hommes, et nous seuls, qui décidons d’agir ainsi. Ou non.
Une femme insultée, brutalisée, violée ? Quoi qu’elle ait pu faire, c’est l’agresseur, et lui seul, qui est responsable. 

Dernière minute un jugement répugnant :   http://www.revolutionpermanente.fr/Dix-huit-mois-de-prison-avec-sursis-pour-avoir-viole-sa-fille-de-ses-9-ans-a-ses-15-ans 

mardi 17 octobre 2017

L'article que je ne voulais pas écrire

Je viens de lire l'excellent livre d'Erwan Larher, alors que j'avais un peu rechigné au départ. Un livre sur le carnage du Bataclan, ouh là ! je fuis les reportages larmoyants qui se repaissent des chairs éclatées et des familles éplorées. Et puis j'ai cru comprendre que finalement, non ce n'était pas ça, mais tout autre chose, la chronique d'une absurdité : la violence surgissant au hasard , là où elle est totalement antinomique, dans un lieu de fête et de musique, les minutes d'un antihéros précipité au cœur d'un combat halluciné mené par des hommes surgis du néant et y retournant après avoir entrainé avec eux des dizaines d'anonymes qui n'imaginaient pas que la mort leur sauterait à la gorge, un vendredi 13 maudit. Avec son histoire singulière, Erwan nous fait traverser toutes les strates émotionnelles : de la peur de mourir à celle de ressusciter à l’extrême limite, par pure chance, de l'effroi d'être à la merci des cerveaux fêlés qui tirent sur tout mouvement , faire le mort, faire le mort. Ensuite c'est le charroi vers l'hôpital, les pompiers débordés, les soignants qui font comme ils peuvent et ils peuvent beaucoup. Au passage un hommage à tous les braves qui forment la  piétaille des services  de la vie ordinaire et ne sont ni reconnus pour leur bravoure, ni récompensés d'aucune faveur, alors que ce sont eux les vrais héros. Ah ! Comme je me suis reconnue dans son ode au jeune pompier qui le berce sur son cœur en attendant qu'il soit charroyé vers l'hôpital au prix d'un surcroit d'épouvantables douleurs. Donc il a pris une balle de Kalachnikov dans la fesse, elle a fait des dégâts mais il ne mourra pas, il lui faudra "seulement" subir les opérations, recommencer à marcher et surtout, surtout vivre l'angoisse totale, pourra-t-il rebander un jour ? Vous le saurez en lisant ce livre que je ne voulais pas lire, ce formidable objet littéraire, car le pari était bien d'échapper à tous les pièges d'un pareil sujet : pathos excessif, complaisance doloriste, anathèmes vengeurs, contrés ici par l'autodérision et l'abondance de digressions mémorielles, diversions anecdotiques, et même une sorte d'empathie pour les fous perdus qui ont arrosé à l'aveugle de leurs balles tueuses des humains affolés et traqués. Le livre est scandé de courts témoignages d'amis qui ont vécu cette journée particulière en ne sachant pas comment le joindre -il avait oublié son portable chez lui-. Objet littéraire donc parce que la langue, la prouesse d'une langue châtiée et gouailleuse, précise et vagabonde, violente et caressante. Enfin la rencontre avec un bel humain, un frère.

Alors en ces jours où sont enfin cloués au pilori médiatique les violeurs, abuseurs et enfoirés notoires parce que notables, qui cachent la forêt de tous les plus miteux tout aussi persuadés que leur bite leur confère supériorité sur  tout ce qui vit sur cette planète, les femmes bien-sûr, mais aussi les bêtes, les mers, les montagnes, les entrailles même de la terre, en ces temps où les vérités sortent du bois, ça fait du bien de faire connaissance avec un anti héros, un doux qui ne manie comme arme que son stylo rouge pour faire la peau à l'orthographe défectueuse ou l'adverbe superflu. Et cependant il  se lamente : et si son bel organe refusait à jamais de se dresser, ( même s'il lui arrive d'avoir un peu honte de se préoccuper de son phallus quand d'autres sont désormais paraplégiques). On le comprend ! Ne plus baiser, faire l'amour, ce n'est pas envisageable quand on est plutôt agréablement accueilli dans le lit des femmes. Et les femmes ne veulent pas émasculer les hommes, surtout pas ! Elles veulent juste qu'ils les séduisent,  leur donnent le goût de s'y frotter, pas qu'ils les y contraignent par la force, le chantage, la menace et toutes ces joyeusetés.

Pourquoi ai-je mélangé ces deux propos, le formidable livre d'Erwan Larher et les turpitudes des magnats de l'industrie du spectacle ?  C'est évident non ? La folie meurtrière  s'enracine dans l'absurdité d'une société profondément dévoyée dont nos magnats sont les démiurges et ceux qui nous sauvent du total désespoir ce sont les hommes et les femmes tendres et lucides qui mettent en partage leurs douleurs, leurs doutes et leurs épiphanies. Merci Erwan  

vendredi 29 septembre 2017

Récapitulatif sommaire et totalement foutraque



Récapitulatif d'un été passé trop vite pour éviter de totalement oublier


 De Marrakech où je suis allée en mai, je n'ai gardé que la piscine qui était le seul lieu de loisir dont j'ai peu usé dans ce centre d'accueil où nous étions hébergés pour un colloque de trois jours alors que la température frôlait les 40 degrés.


 La Crête en juin où je suis allée avec mes deux copains qui souhaitaient depuis longtemps visiter cette île mythique. La Crête pleine de contraste entre le bord de mer dédié au tourisme et l'intérieur des terres austère où la comparaison avec la Corse nous venait sans cesse à l'esprit.






Plus tard, j'ai rendu visite à un ami sculpteur dans le Gers. Il créé des formes monumentales destinées  à ornementer des parcs et jardins publics ou privés. Il est très drôle et un peu sourd, ce qui donne lieu à des confusions qui nous ont valu quelques bons fous rires. 


 J'aime beaucoup ses vasques où s'épanouissent nénuphars et lotus


 Étrange bestiaire. Les perroquets ne sont pas empaillés, au contraire ils braillaient à tue-tête alors qu'une Australienne nous faisait visiter son petit château où elle et son compagnon entreposent œuvres d'art et une ménagerie composée de ces oiseaux qui vivent paraît-il en toute liberté à Sidney, de lamas et de chiens dont un d'une espèce proche du rottweiller en plus gros et qui insistait pour me démontrer sa tendresse de façon un peu envahissante.  Je n'ai malheureusement pas enregistré la danse hallucinante que deux cacatoès ont entamé en chantant à l'unisson de leur maîtresse. Les lubies des humains m'épatent toujours!

 Je suis allée faire un tour comme chaque année à Royan où se trouve ma maison d'enfance. J'y étais seule cette année, le temps n'était pas très engageant, je suis rentrée plus tôt que prévu après quelques parties de scrabble avec ma sœur (je joue au scrabble une fois par an quand je rend visite à ma sœur qui est revenue au pays comme on dit).




Fin de journée, je déguste un verre de vin assise à la terrasse de la Jabotière à Pontaillac, le café chic où je n'allais jamais quand j'étais jeune et fauchée.


 Joli concert donné tout dernièrement à Saint Lieux les Lavaur par un groupe dont je connais les musiciens qui jouent un jazz manouche très gai,  Aâlma Dili (ici avec Paloma Pradal)

Par ailleurs chantier de peinture (réfection d'un studio attenant à la maison qui accueille les amis de passage).
Lectures : deux livres entre autres : "Le sel de la vie". Françoise Héritier en parle mieux que je ne le ferais. J'ai tellement aimé ce petit livre que je l'ai offert à plusieurs amis. Et "S'émerveiller" de Belinda Cannone, cette « capacité de se tenir dans un état de présence extrême au monde qui le fait advenir dans son éclat ».

Et pour finir ce récapitulatif sommaire et totalement foutraque, 45 ans après "Pink Floyd Live at Pompeii", David Gilmour a donné deux concerts dans l’amphithéâtre voisin du Vésuve, les 7 et et 8 juillet 2016. Un an après, le film du concert est sorti dans plus de 2000 salles dans le monde pour une projection à date unique mercredi 13 septembre. Un ami anglais m'a signalé qu'il était projeté à Gaillac.Nous y sommes donc allés ensemble. Gilmour est toujours aussi beau et il joue toujours comme un dieu.







jeudi 20 juillet 2017

La grande Varda

Elle est toute petite Agnès, cheminant aux côtés de ce grand escogriffe de JR, éternel feutre sur le crâne et lunettes noires rivées aux yeux. Des yeux qui savent regarder et nous donner à voir la beauté des visages dont il a développé un art de l'exposition, mêlant visages et paysages pour de troublantes associations.
JR est un artiviste, il est de ceux qui n'imaginent pas l'art autrement que provocateur, secouant les vieilles tranquillités, usant de beauté et d'humour pour montrer à rebours la violence faite aux humains par d'autres humains. 

Comment se sont-ils rencontrés Agnès et JR, le film ne le dit pas mais s'ouvre sur cette question de façon humoristique et n'y répond pas. Mais quelle rencontre! et quelle évidence dans cette rencontre ! Varda n'avait-elle pas honoré les murs dans un documentaire, parcours poétique et chaleureux entre les "murals" de Los Angeles et les artistes qui s'y exprimaient en 1980. Car Agnès est une pionnière, une des premières femmes à escalader la falaise à mains nus vers la reconnaissance du cinéma des femmes. Première aussi à avoir oser un film sur l'avortement et sous forme de comédie musicale "L'une chante, l'autre pas" en 76, fallait oser. Pionnière encore quand elle nous parle des SDF (Sans toit ni loi 1985) ou de ceux qui survivent en glanant (Les glaneurs et la glaneuse 1999,2000)
Deux amoureux des visages et des gens, deux artivistes, nous emmènent par monts et par vaux, de villages en visages dans un vagabondage poétique, drôle et tendre,  Visages, villages.
Complicité d'une vieille dame pétillante, porteuse d'une mémoire du cinéma et d'un jeune homme pétulant qui grimpe sur des grues pour coller les gigantesques photos qu'ils ont conçues et redonner vie à des murs morts ou à des lieux habités par ceux-là mêmes qui y seront exposés. Art de l'éphémère cultivés par les deux artistes dont une illustration est émouvante et surprenante : une photo  qu'Agnès avait réalisée d'un de ses amis photographe Guy Bourdin,  est installée sur un blockhaus que le maire a fait projeter du haut d'une falaise parce qu'il menaçait de le faire sans crier gare, fiché désormais dans le sable, telle une sculpture géante. La photo installée à grand renfort d'échelles, et en tenant compte des marées, il semble ainsi niché dans un berceau. Le lendemain la mer a ravagé le prodige.


C'est un road movie. Le Nord des corons où les vieilles photos de mineurs, conservées par leurs descendants se retrouvent agrandies ornant les murs d'une cité abandonnée sauf par une habitante, résistante, qui ne veut pas partir et ne peut cacher son émotion en se découvrant sur la façade de sa maison. Agnès et JR ne se contentent pas de photographier, ils parlent avec ceux qu'ils rencontrent, ils les associent à l'aventure et nous font ainsi découvrir dans ce Nord désormais mythique le métier disparu des mineurs.


Le Sud des champs de lavande et des fermes, où un paysan (peut-on encore l'appeler ainsi) gère 800 hectares à lui tout seul grâce à une batterie de méga machines gavées d'électronique. Il se dit le "passager" de son tracteur. Le contraste entre une ferme de chèvres dont on brule les cornes (pour qu'elles ne se blessent pas en se battant, c'est hargneux une chèvre), qu'on trait à la machine et une ferme où les chèvres affichent leurs magnifiques cornes et sont traites à la main (un instant de paix dit la fermière). L'air de rien les deux compères nous livrent un regard acéré et plein d'humour sur cette vie quotidienne où se jouent toutes les contradictions de notre temps.
JR, rompt le vœu d'Agnès de parcourir la France des villages pour l'entrainer au Havre dans le monde des dockers, c'est "presque" un village dit un des dockers. Et Varda la féministe choisit d'exposer les portraits des femmes de dockers dans cet univers de ferrailles, de grues et de piles de containers. Tout en haut de leur pile elles apparaissent en vrai dans le trou ménagé à hauteur de leur cœur par le retrait d'un des containers, joyeuses libellules. Univers poétique d'Agnès...
Les deux partenaires se chamaillent un peu, pour le plaisir. Il est tout de noir vêtu, elle affiche des tenues joyeusement bariolées. Pourquoi ne retire-t-il pas ses lunettes? Pourquoi a-t-elle cette drôle de couronne de cheveux mi blancs mi-rouges ? On assiste à la piqure dans l’œil qu'Agnès subit régulièrement pour soigner sa vue qui lui rend les choses floues et elle le prend avec légèreté évoquant la fameuse scène de l’œil fendu au scalpel dans Un chien andalou . Émouvants les gestes de JR qui ajuste pour elle les prises de vue. Ce duo d'une vieille femme (elle n'aime pas le terme de vieux amis, lui préfère celui d'amis de longue date) et d'un jeune homme qui cabriole en la promenant à tout allure, assise dans un fauteuil roulant, dans le musée du Louvre, est à la fois hilarant et profondément mélancolique (remake facétieux d'une scène filmée par Jean Luc Godard).  Les yeux et les pieds d'Agnès, JR les capture et ils iront voyageant sur un train de marchandises. Elle l'emmène dans un des plus petits cimetières qu'elle connaisse, où reposent Henri Cartier Bresson et sa femme. A-t-elle peur de la mort ? Non, elle voudrait juste mourir en restant vivante. La visite surprise à JLG, le "fantôme suisse" est ratée, Jean Luc, un des derniers survivants avec elle des cinéastes de la Nouvelle vague (elle en fait un éloge touchant), cet ami de longue date a gardé porte close. Agnès est blessée. La dernière scène du film est un bijou de délicatesse, accompagnée par la musique de M. 
Vivante, Agnès, elle l'est encore et ce film est la preuve qu'elle devrait le rester jusqu'au bout. Est-ce son dernier film ? Peut-être. En tout cas un film sur la transmission. JR et la grande Varda, quelle belle rencontre!

Pour mémoire mon article sur Les plages d'Agnès en 2009.

dimanche 28 mai 2017

Bribes andalouses


 Je devais travailler quelques jours à Malaga, j'en ai profité pour m'accorder un tour (ultra compact ) sur les hauts lieux de l'art arabo-andalou qui a fleuri sur ce territoire si particulier par sa géographie et son histoire.
Je ne saurais faire une présentation détaillée de la richesse inouïe du patrimoine andalou des quatre villes que j'ai approchées. D'abord parce que je suis passée trop vite pour aller au delà de simples impressions fugaces mais aussi parce qu'il existe une littérature spécialisée dans le domaine avec laquelle je ne me risquerai pas à rivaliser .




La Semana Santa à Malaga.. Je n'avais jamais assisté à ce cérémonial. Il est impressionnant . Les hommes portent en souffrant (c'est apparemment très lourd même s'ils sont nombreux à se coltiner la charge et il fait très chaud) précédés par l'orchestrateur de la cérémonie qui hurle et suivis par une fanfare de cuivres et de tambours jouant de façon lancinante. C'est à mes yeux une résurgence de cette période atroce qu'a été l'inquisition. Mais évidemment pour les Andalous c'est une fête de la plus haute importance . J'ai recherché dans wikipédia l'explication des rôles tenus par les membres de la procession 
  • les costaleros : ils portent les pasos, dont le poids contraint à disposer d'un effectif important, tournant à intervalles réguliers. Les confréries possèdent de un à trois pasos, soit autant de groupes de porteurs ;
  • le capataz : c'est le responsable de l'équipe des costaleros. Il dirige le paso et guide les porteurs par la voix en indiquant la direction à prendre. Il est assisté de contraguías. Il ordonne la levée ou l'arrêt du paso, à l'aide du llamador ou martillo, heurtoir situé à l'avant de l'autel.
  • les nazarenos : ce sont les pénitents qui marchent au-devant des pasos, vêtus d'une tunique et d'une cagoule (le capirote), dont les couleurs varient d'une confrérie à l'autre, voire au sein d'une confrérie, selon le paso qu'il précède


Nous avons retrouvé les pénitents mais cette fois dans les jardins de l'Alhambra de Grenade (ils étaient bleus). Hélas, la concomitance de la cérémonie et notre arrivée nous a un peu réduit l'espace d'exploration et mon absence de préparation m'a privée du Palais des Nasrides (il faut réserver deux mois à l'avance voire davantage pour cette période, je suis une touriste qui va le nez au vent, j'oublie les contingences).




Après Grenade, Cordoue. La Mezquita, la "mosquée - cathédrale. Ce monument grandiose fut d'abord une mosquée construite sur l'emplacement d'une basilique wisigothe sous le règne d'Abdal-Rahman1er s'installant à Cordoue en 750 et décidant des travaux en 756. Elle a bénéficié de plusieurs extensions puis a été en partie (heureusement il en reste une grande partie et on peut admirer la finesse des piliers, en contraste avec l'énormité des piliers de la cathédrale) transformée par la chrétienté triomphante en cathédrale.
  
La chapelle principale et son choeur
Lorsque Charles Quint est venu visiter la Mezquita il a regretté la destruction opérée pour insérer la chapelle.  Ces jeux de destruction reconstruction n'ont jamais cessé depuis...


Jeux de lumière dans la Mezquita
Cordoue m'a séduite. C'est la ville des patios fleuris. Elle est traversée par le Rio Guadalquivir, un nom mythique pour moi; Nous avons été accueillis dans une chambre d'hôtes par une personne délicieuse. L'ambiance générale est tranquille. La douceur de vivre andalouse, un baume pour moi qui vient de traverser un épisode très bousculé par des impératifs de toutes sortes.


Le Pont romain sur le Quadalquivir
  Enfin Séville. J'ai perdu en grande partie les photos que j'avais faites de la cathédrale. Ce n'est pas grave. C'est une quintessence de l'imperium catholique. On s'y égare tellement c'est gigantesque. Elle abrite le tombeau de Christophe Colomb, un retable qui dégouline d'or, 1200 kg pour recouvrir les 1500 figurines ciselées dans le bois de cèdre sur 220 mètres carrés (le plus grand retable du monde), l'ensemble repose sur  des pilastres énormes. Sans doute étais-je saturée d'art religieux (je sature vite en matière de Christ sanguinolent, vierges éplorées et martyres de toute espèce), bref, j'ai écourté la visite.
En revanche, j'ai flâné à loisir dans le Palais de l'Alcazar qui fait face, une ode à la beauté et à la joie de vivre. Pour tout dire cet art là me réjouit davantage que toutes les magnificences  catholiques. Aurais-je en moi du sang arabo - berbère?
  

Les repas ont presque toujours été composés de tapas, cette formule intelligente qui permet de combiner les saveurs et de vins locaux qui sont de bonne qualité. Il faisait un peu chaud  en fin d'après-midi mais les soirées étaient fraiches à loisir, avril est une bonne période pour l'Andalousie. Se promener au hasard des rues et découvrir l'insolite est aussi un bonheur.




J'ai clôturé mon expédition avec trois journées de travail à Malaga.
Je me suis fait la promesse de revenir sur ces terres bénies avec suffisamment de temps pour mieux déguster la douceur de vivre andalouse.

samedi 1 avril 2017

Mes dernières séances




Qu'ai-je donc fait qui mériterait d'être consigné dans ce malheureux blog déserté. J'ai encore un peu bougé Paris, Tours, Paris . Mais je n'ai fait que voyager d'une salle de conférence à une autre.
En revanche, j'ai vu quelques films. Tous ne méritent pas qu'on s'y arrête ici. Je vais donc me concentrer sur quelques merveilles.
 Revu au cinéclub le somptueux Kurosawa "Les sept samouraïs".


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J'en avais un souvenir très flou, je l'ai vu en quelque sorte  pour la première fois. Un des personnages m'a évoqué Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes. Peut-être J D s'est-il  inspiré du jeu de l'acteur Toshirō Mifune pour créer l'agité imprévisible qu'il y incarne (l'inverse n'étant évidemment pas possible).
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 Le film dure plus de trois heures et se conclut par la remarque désabusée du vieux samouraï  : en fait ce sont les paysans qui ont su  utiliser la force et l'intelligence des braves. La vie reprend après la bataille et le village retourne  à ses occupations  là où elles s'était interrompues sans plus de considération pour les guerriers. C'est un des plus grand films d'action du siècle. Il a inspiré "Les sept mercenaires" . Mais ce dernier n'atteint pas la force des images que procure le noir et blanc et le génie de Kurosawa.
Vu également un documentaire "Close Encounters with Vilmos Zsigmund, portrait du grand chef opérateur qui a travaillé avec les plus grands cinéastes et a transformé l'art de la lumière au cinéma du siècle dernier. Portrait d'autant plus émouvant que VZ vient de mourir à l'âge de 85 ans. Le réalisateur du documentaire  Pierre Filmo nous a régalé, après la projection, d'anecdotes de tournage. J'en ai retenu une qui m'a fait rire. Le chef op du tournage (engagé sur conseil de Vilmos himself ) prépare l'interview de John Travolta qui se prête aux essais et refuse les cadrages et la lumière prévus parce qu'ils ne le mettent pas en valeur (caprice de star). Après plusieurs tentatives infructueuses, on fait appel à Vilmos qui discutait avec un ami dans une salle attenante. Il vient et son intervention satisfait Travolta, l'interview peut avoir lieu. Plus tard Pierre Filmo demande à Vilmos ce qu'il a fait pour complaire aux desiderata de l'acteur. Rien, répond le vieux malin. Ah! l'ego des stars! Voir l'interview qu'il a donné à Première deux ans avant sa disparition.
Après le documentaire était programmé The Rose film de Mark Ridell, dont Vilmos Zsigmund a assuré la lumière. Il est ici sur le tournage en 1978 en compagnie de l'actrice Bette Midler (sacré tempérament commente-t-il dans le documentaire)
Le film avait eu un très gros succès à sa sortie en 1979 et l'actrice y avait gagné deux oscars C'est une plongée dans cette époque folle des années 60 sexe drogue et rock and roll. Mais on songe que le personnage incarné par Bette Midler qu'on a faussement identifié à Janis Joplin  ( Bette Midler a farouchement refusé toute allusion à la chanteuse morte d'une overdose ) pourrait aussi bien  évoquer le destin d'Amy Winehouse.
D'un tout autre genre La sociale. Merci Gilles Perret !
 
Je n'aurai qu'un commentaire : ce film devrait passer d'urgence à la télévision. Il remplacerait avantageusement tous les débats politiques et les ratiocinations dont on nous abreuve depuis des jours et des jours. 
En attendant que le ciel nous tombe sur la tête, allons au cinéma!

mardi 28 février 2017

Gaston for ever !



L’enlèvement d’Europe par Fernando Botero
 Cette plantureuse égérie trône devant l'aéroport de Madrid. J'ai eu peu de temps pour aller rendre visite à Goya, Le Gréco,  Velasquez et autres grands peintres hébergés au musée du Prado, d'autant qu'il faut patienter une bonne heure pour parvenir à entrer. Voyez la queue et encore n'est-elle pas entièrement visible.


 J'ai quand même réussi à atteindre la salle de Goya tout au bout de l'étage,  d'où j'ai été impitoyablement chassée par la gardienne, c'était l'heure de fermer (20h00).  J'aurais pourtant souhaité m'attarder pour regarder en détail les gravures et les dessins d'une finesse et d'une précision extraordinaires.

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 Les fusillades du 3 mai, célèbre tableau d'allégeance de Goya à Ferdinand VII.

Un peu de promenade dans les rues de Madrid dont les pavés sont un peu casse- pattes mais il faisait beau et nous marchions d'un lieu de travail à un lieu de restauration sinon, nous n'aurions vu que des salles de réunion.




Auparavant j'avais fait une petite halte à Paris où j'ai pris le temps d'aller faire un tour sur les berges du canal de l'Ourcq en passant par le Cent-quatre envahi de jeunes gens s'entrainant à toutes sortes de performances acrobatiques dont cette jeune femme qui tournoyait dans un cerceau




Je suis allée à Beaubourg voir l'expo Magritte que j'ai trouvé décevante. Cette peinture a mal vieilli à part quelques pièces fameuses. Je ne parle même pas de celle de Cy Twombly. Je suis parfaitement imperméable à cette forme d'art .

En revanche je me suis régalée, esclaffée, étonnée à la rétrospective Gaston Lagaffe

Apparu pour la première fois le 28 février 1957 dans les pages du journal de Spirou, Gaston Lagaffe fête ses soixante ans en 2017. Le « héros sans emploi » créé par Franquin pour animer le journal devient très vite l’un des personnages majeurs de l’épopée Spirou et, sur plus de 900 planches, un véritable classique de la BD.
J' ai découvert que Franquin a travaillé pour Amnesty et beaucoup d'autres causes. Pour moi il était l'inventeur du génial Gaston que j'ai lu moi-même puis lu à mes enfants. Gaston, le génial inventeur d'objets improbables, l'amoureux des bêtes, l'écolo (sauf pour sa voiture), le contempteur des suffisants et des représentants de l'ordre, l'amoureux de la sieste et l'infatigable flemmard, le doux et le délicat avec Moiz'elle Jeanne.
J'aimais Gaston mais connaissais mal son créateur. Franquin était une belle personne. Allez lui rendre visite si vous le pouvez. Réjouissant.
  





 

A part ça j'ai lu quelques livres, vu des films, travaillé beaucoup (trop!). Ma fillote est revenue de Cuba où elle était partie avec son amoureux. Ils avaient beaucoup de choses à raconter. Ce blog a une nouvelle fois subi une concurrence déloyale.