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mardi 17 octobre 2017

L'article que je ne voulais pas écrire

Je viens de lire l'excellent livre d'Erwan Larher, alors que j'avais un peu rechigné au départ. Un livre sur le carnage du Bataclan, ouh là ! je fuis les reportages larmoyants qui se repaissent des chairs éclatées et des familles éplorées. Et puis j'ai cru comprendre que finalement, non ce n'était pas ça, mais tout autre chose, la chronique d'une absurdité : la violence surgissant au hasard , là où elle est totalement antinomique, dans un lieu de fête et de musique, les minutes d'un antihéros précipité au cœur d'un combat halluciné mené par des hommes surgis du néant et y retournant après avoir entrainé avec eux des dizaines d'anonymes qui n'imaginaient pas que la mort leur sauterait à la gorge, un vendredi 13 maudit. Avec son histoire singulière, Erwan nous fait traverser toutes les strates émotionnelles : de la peur de mourir à celle de ressusciter à l’extrême limite, par pure chance, de l'effroi d'être à la merci des cerveaux fêlés qui tirent sur tout mouvement , faire le mort, faire le mort. Ensuite c'est le charroi vers l'hôpital, les pompiers débordés, les soignants qui font comme ils peuvent et ils peuvent beaucoup. Au passage un hommage à tous les braves qui forment la  piétaille des services  de la vie ordinaire et ne sont ni reconnus pour leur bravoure, ni récompensés d'aucune faveur, alors que ce sont eux les vrais héros. Ah ! Comme je me suis reconnue dans son ode au jeune pompier qui le berce sur son cœur en attendant qu'il soit charroyé vers l'hôpital au prix d'un surcroit d'épouvantables douleurs. Donc il a pris une balle de Kalachnikov dans la fesse, elle a fait des dégâts mais il ne mourra pas, il lui faudra "seulement" subir les opérations, recommencer à marcher et surtout, surtout vivre l'angoisse totale, pourra-t-il rebander un jour ? Vous le saurez en lisant ce livre que je ne voulais pas lire, ce formidable objet littéraire, car le pari était bien d'échapper à tous les pièges d'un pareil sujet : pathos excessif, complaisance doloriste, anathèmes vengeurs, contrés ici par l'autodérision et l'abondance de digressions mémorielles, diversions anecdotiques, et même une sorte d'empathie pour les fous perdus qui ont arrosé à l'aveugle de leurs balles tueuses des humains affolés et traqués. Le livre est scandé de courts témoignages d'amis qui ont vécu cette journée particulière en ne sachant pas comment le joindre -il avait oublié son portable chez lui-. Objet littéraire donc parce que la langue, la prouesse d'une langue châtiée et gouailleuse, précise et vagabonde, violente et caressante. Enfin la rencontre avec un bel humain, un frère.

Alors en ces jours où sont enfin cloués au pilori médiatique les violeurs, abuseurs et enfoirés notoires parce que notables, qui cachent la forêt de tous les plus miteux tout aussi persuadés que leur bite leur confère supériorité sur  tout ce qui vit sur cette planète, les femmes bien-sûr, mais aussi les bêtes, les mers, les montagnes, les entrailles même de la terre, en ces temps où les vérités sortent du bois, ça fait du bien de faire connaissance avec un anti héros, un doux qui ne manie comme arme que son stylo rouge pour faire la peau à l'orthographe défectueuse ou l'adverbe superflu. Et cependant il  se lamente : et si son bel organe refusait à jamais de se dresser, ( même s'il lui arrive d'avoir un peu honte de se préoccuper de son phallus quand d'autres sont désormais paraplégiques). On le comprend ! Ne plus baiser, faire l'amour, ce n'est pas envisageable quand on est plutôt agréablement accueilli dans le lit des femmes. Et les femmes ne veulent pas émasculer les hommes, surtout pas ! Elles veulent juste qu'ils les séduisent,  leur donnent le goût de s'y frotter, pas qu'ils les y contraignent par la force, le chantage, la menace et toutes ces joyeusetés.

Pourquoi ai-je mélangé ces deux propos, le formidable livre d'Erwan Larher et les turpitudes des magnats de l'industrie du spectacle ?  C'est évident non ? La folie meurtrière  s'enracine dans l'absurdité d'une société profondément dévoyée dont nos magnats sont les démiurges et ceux qui nous sauvent du total désespoir ce sont les hommes et les femmes tendres et lucides qui mettent en partage leurs douleurs, leurs doutes et leurs épiphanies. Merci Erwan